Never Look Away – Quand sensibilité et barbarie s’entrecroisent

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Au fil de l’histoire du 20e siècle et de l’histoire de l’art moderne, le cinéaste Florian Henckel von Donnersmarck raconte le parcours d’un artiste en Allemagne dans le film Never Look Away (2018).

En 1930, le Parti national-socialiste a gagné les élections en Thuringe. Aux yeux de ses dirigeants, l’organe «judéo-bolchévique» de «désagrégation culturelle» qu’est le Bauhaus doit disparaître, écrit l’historien Lionel Richard dans le Monde diplomatique de février. Ce mépris des nazis, valorisant un mode de représentation idéalisée, pour l’école du Bauhaus (1919-1933) et l’ensemble des courants artistiques introduit le film par une visite d’une exposition d’«art dégénéré» où une tante y amène son neveu. Celle-ci meurt dans des circonstances horribles et c’est l’enfant qu’on suivra jusqu’à la fin.

Après la Seconde Guerre mondiale, le jeune travaille à peindre des slogans révolutionnaires sur des affiches en République démocratique allemande (RDA). À l’instar des films Good Bye Lenin! (2003) de Wolfgang Becker, Gaz Bar Blues (2003) de Louis Bélanger et La Face cachée de la lune (2003) de Robert Lepage, le cinéaste présente cette étape en territoire communiste comme partie prenante de son existence. Talentueux, il trace à main levée les lettres ce qui lui vaut les reproches de ses collègues qui les peignent au pochoir, pensant qu’il souhaite se faire remarquer. Lui, il le fait parce qu’il peut le faire. Cette distinction va lui valoir une place à l’école d’art de réalisme socialiste.

Le spectateur est témoin de la mort de la tante et du parcours de celui qui l’a exécuté. Il s’agit d’un médecin prêt à bafouer l’éthique médicale afin de préserver son honneur aux yeux de ses pairs. Sans vraiment le connaître, le jeune artiste va être amené à sombrer sous son aile cruelle, ce qui met en place une série de causes à effets mélodramatiques. Cet enchaînement tiré par les cheveux demeure supportable puisque balancé par un traitement exquis de l’art visuel.

Passé à l’Ouest, une visite guidée dans une école d’art moderne à travers les pratiques artistiques insolites au tournant des années 1960 attend le spectateur. De quoi rappeler l’exploration de la gare de train berlinoise transformée en musée Hamburger Bahnhof.

L’artiste n’oubliera pas le conseil de sa tante de ne jamais détourner le regard de la beauté du monde, alors que le gynécologue eugéniste sera rattrapé par l’Histoire.

À voir, littéralement.


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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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