Littérature – Treize âmes au menu

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Sous la direction de Chrystine Brouillet et Geneviève Lefebvre, les Éditions Druide viennent de faire paraître Treize à table, un recueil de nouvelles qui s’articulent toutes autour de la nourriture. Pas surprenant, compte tenu des intérêts gastronomiques bien connus de Madame Brouillet.

Mais la prévisibilité s’arrête là. Treize textes d’auteurs différents et treize textes assez différents pour susciter l’envie d’aller jusqu’au bout de cette lecture parfois appétissante et parfois pas mal moins. Car il y a nourriture et nourriture; abondance et disette, complexité et simplicité, gastronomie et petites saveurs du quotidien.

Côté simplicité, il y a les plats familiaux qu’Annie L’Italien présente comme des mots d’adieux de la part d’un père qui n’a pas su se faire aimer des ses enfants, dans un texte extrêmement touchant, intitulé Le dernier.

Côté disette, mentionnons d’abord La faim irrationnelle et hallucinante du coureur et la bête sauvage qui sommeille en lui, le solide texte de Patrice Godin qui, pour parler de nourriture, thème obligé, a plutôt choisi d’écrire sur la faim mais pas la faim dont on parle souvent, celle des populations sous-alimentées ou celle des personnes qui sont au régime. Non, il a pris le parti de décrire les affres et les délires du coureur extrême qui doit parcourir plus de 150 kilomètres à pied, dans la nature, de jour et de nuit. Cette faim devient un hallucinogène puissant, un obstacle et un moteur à la fois. Rien à voir avec le p’tit creux du coureur de 10 km…

La disette se poursuit avec l’explosif Mez Mama de Ian Manook. Il s’agit du dialogue tiré par les cheveux entre deux mercenaires en planque, en train de surveiller des gens pas trop nets. À la vue d’un plat apporté sur la table qui est à leur vue, l’un des deux raconte à l’autre comment il a appris à cuisiner ce plat sans avoir jamais vu la liste complète des ingrédients, ni avoir lu les étapes de la préparation. Il a tout compris alors qu’il était seul, en plein test de survie dans la jungle, sans aucune provision. Complètement surréaliste et tout à fait appétissant.

Je vous passe le reste, qui m’a moins impressionné parce que moins original, mais qui n’en est pas moins bien écrit et souvent, qui donne envie d’ouvrir son meilleur livre de recettes ou de réserver au plus vite à son restaurant préféré. Pour les amateurs de littérature, c’est bien. Pour les amateurs de bonne chère, c’est encore mieux.


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À propos du journaliste

Martin Prévost

Martin Prévost fréquente la scène culturelle montréalaise depuis plus de trente ans. À titre de chroniqueur culturel, il a collaboré au magazine Paraquad durant deux ans et il est un fidèle de Pieuvre.ca depuis ses débuts. Ses intérêts vont du design à la danse contemporaine en passant par les arts du cirque, la musique du monde, la littérature, le théâtre, les arts visuels et le cinéma. Musicien amateur, il consacre la plupart de ses interventions pour Pieuvre.ca à la musique classique, de la musique de chambre à l’opéra.