The Square – L’australopithèque derrière la conscience humaine

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Après le massif et vertigineux Force majeure (2014), le cinéaste suédois Ruben Östlund s’interroge sur la société avec The Square (2017) pour lequel il a remporté la Palme d’or au Festival de Cannes.

Le grain de sable dans l’engrenage est l’œuvre d’une artiste visuelle argentine intitulée «The Square» exposée dans un musée suédois. Dès le générique pendant lequel de la musique électronique industrielle joue de toute son intensité, une dynamique du contraste est plantée par enchaînement avec un plan fixe, en silence, du héros en habit couché sur un divan. Il s’agit du directeur artistique responsable des communications du musée mandaté pour colmater les antipodes du Rio de la Plata à la mer Baltique.

Avec son précédent film Force majeure (2014), Ruben Östlund avait réussi avec brio à louer un équipement de ski au célèbre cinéaste suédois Ingmar Bergman (1918-2007) au cœur des Alpes terminant ce film majestueux avec un épilogue énigmatique évoquant l’instinct primaire du clan. Cette fois-ci, la verticalité de la montagne laisse toute la place au carrefour des cultures et des inégalités sociales afin de faire la lumière sur ces situations qui exigent de prendre des risques, de faire appel à son instinct ou d’établir un contact avec l’autre.

Si une avalanche provoque l’événement déclencheur au centre de l’Europe dans son précédent film, la trame narrative de The Square (2017) n’est pas organisée de cette façon. La dynamique de contrastes crée une structure autour du héros rappelant les poupées russes, mais préservant une certaine notion d’égalité dichotomique. Cependant, Ruben Östlund expose divers degrés de l’interculturalisme suédois dont les ajouts de magnification, la musique du groupe Justice identifié et joué dans la voiture, sont bien marqués.

Ici, l’épilogue est un «happy end» qui s’écrapoutit.

Américanisation

Telle une superproduction «three thumbs up», le héros vit une histoire d’amour avec l’actrice Elisabeth Moss qui jouait un rôle similaire dans le film Listen Up Philip (2014) d’Alex Ross Perry, détrônant nul autre que Woody Allen dans son propre style. Par contre, le découpage au couteau des plans de la scène de sexe en fait l’une des moins lascives de l’histoire du cinéma. La dispute qui s’ensuit sur la possession du sperme crève notre bulle de romance.

Ce que le cinéaste cherche à cerner est quelque chose comme le Duende que le dramaturge espagnol Federico Garcia Lorca définit dans son essai paru en 1942. Au lieu de faire intervenir des danseurs de flamenco andalous, il place plutôt un artiste de performance qui incarne un gorille dans un banquet chic du musée. Sans avoir recours au «gore» de la scène de mariage catastrophique du film argentin Relatos Salvajes (Les nouveaux sauvages, 2014) de Damián Szifron, le cinéaste atteint le même sentiment de malaise qui tourne à l’angoisse.

L’œuvre «The Square» est un carré dont la bande qui forme le contour est illuminée et encastrée dans le pavé uni devant le musée. Il s’agit d’une zone d’entraide et d’altruisme. Chaque personne qui s’y trouve a droit à de l’aide, à manger. Ce qui semble être une variante de l’urinoir de Marcel Duchamp se métamorphose en remise en question de la confiance mutuelle.

Hilarant, en partie.


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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.