Mécaniques nocturnes ouvre la saison de l’Agora de la danse

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Une heure en compagnie d’Anne Plamondon seule en scène, c’est presque du luxe tant c’est un plaisir de la voir articuler son corps sous nos yeux. Si l’aspect dramaturgique est difficile à saisir – mais c’est rarement ce qui nous mène à la danse contemporaine – la recherche sur le mouvement est fort bien menée.

Marie Brassard, à la mise en scène, et Anne Plamondon, l’interprète de ce spectacle intitulé Mécaniques nocturnes, n’en sont pas à leur coup d’essai. Du plus petit geste décortiqué dans une lenteur absolue aux passages de danse quasi classique, le mouvement est mis en valeur dans toutes ses formes dans un jeu perpétuel avec la gravité.

Anne Plamondon fait preuve d’une dextérité exemplaire. La technique est exécutée avec une grande maîtrise du geste, témoins à la fois d’une grande force et d’une immense capacité d’abandon. Pourtant la danse a du mal à venir nous toucher; on perçoit quelque chose de très intérieur certes, mais peu accessible pour le public. On y verrait presqu’une discussion entre soi, entre personnes qui parlent leur propre langage, une danseuse et une metteuse en scène, mais qui n’arrivent pas à nous communiquer leurs intentions et leurs émotions.

La pièce se joue autour et avec une structure métallique qui n’a rien de très innovant. Ces décors de matériaux industriels bruts, style échafaudages, n’ont plus rien de très surprenant. Les barres de danse installées au premier plan de la scène servent néanmoins à des explorations intéressantes. La danse face à l’agrès et à ses multiples potentialités, donne à voir des formes chorégraphiques nouvelles, des pistes qu’il nous aurait plu de voir se développer.

La lumière joue un rôle important en créant une atmosphère et découpant la scène et le corps de la danseuse en accord avec les appareils qui l’accompagnent. Les projections vidéos en revanche ne viennent pas ajouter grand-chose à la proposition, et on ne peut s’empêcher de se demander, une fois encore, s’il est désormais indispensable d’agrémenter chaque spectacle de ces images numériques, sans qu’elles aient aucun intérêt marquant.

La musique reste assez aseptisée. On notera celle de la dernière scène, plus sensible, qui porte en elle une ambiance de renouveau et vient toucher plus d’émotions après de longs moments assez distants.

Décevant donc, à part pour les grands férus de technique et parce qu’il faut encourager ce nouveau lieu de danse montréalaise, et les institutions qui l’habitent.

Mécaniques nocturnes

Du 20 au 23 septembre 2017

À l’Agora de la danse

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À propos du journaliste

Mathilde Perallat

Mathilde Perallat vient de France, et plus particulièrement de Provence. Avant de s’installer à Montréal, elle a passé plusieurs années dans la capitale culturelle française où elle s’est nourrie de théâtre, de danse et de cirque en forte quantité – autant que de qualité. C’est aussi par sa propre pratique des arts du cirque, en tant que danseuse aérienne, qu’elle est tombée amoureuse des arts de la scène. Formée en sociologie et en gestion, et doctorante à Concordia dans une recherche sur le rôle social que peut porter le cirque, Mathilde s’inspire et nourrit son âme et son esprit de spectacles en tous genres tout en continuant à se forger un esprit critique, cette critique qui fait si bien la réputation de son pays, pour le meilleur et pour le pire. Elle sait néanmoins mettre de l’eau dans son vin (selon les circonstances) et tente de donner des avis qui mesurent regard personnel et mise en perspective, toujours dans une grande ouverture.