Présenté en collaboration avec le Festival Cinémania qui se dévoilera sous peu, le film Mauvaise étoile est reparti avec de beaux honneurs au plus récent Festival du nouveau cinéma, en récoltant un prix d’interprétation pour Noémie Édé-Decugis et le convoité prix FIPRESCI, après avoir chamboulé la section ACID du dernier Festival de Cannes.
De passage à Montréal avec sa fille Anouk, en vedette dans Mauvaise étoile, le réalisateur Yann Berlier ne s’est pas caché en présentant son oeuvre. Premier long-métrage qu’il a comme de coutume créé en totalité avec sa partenaire de vie et de création Lola Cambourieu, qui n’a pas pu les suivre jusqu’à notre côté de l’Atlantique, il a en effet lancée d’emblée qu’il savait pertinemment que ce n’était pas un film facile, et de ne pas hésiter si on sentait le besoin de sortir de la salle.
Et ce, tout en nous invitant à revenir par la suite, évidemment.
Le ton était donc lancé pour une production qui, durant d’étouffantes 132 minutes, nous emprisonne dans le calvaire toxique d’une petite famille de trois durant un été caniculaire.
C’est un exploit, tout de même, que dans un film du genre très contingenté des films d’été en Europe, l’intérêt s’articule finalement autour de presque tout, sauf les températures insupportables et la chaleur.

En fait, voilà une création qui s’amuse habilement à déjouer les attentes et à continuellement déstabiliser ses spectateurs.
Via une majorité de gros plans en caméra à l’épaule qui constitueront le style visuel du récit, on ouvre sur la jeune fille du couple, qu’on présentera rapidement comme étant une petite reine gâtée.

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Alors qu’on croit d’abord se lancer dans un coming of age précoce, typique aux films de vacances solaires, le regard emprunté se déplacera de plus en plus vers la réalité de Kiki, la mère. Cette dernière, aux premiers abords féroce et pourtant si fragile Noémie Édé-Decugis, est l’une des parties impressionnantes d’une distribution entièrement composée de non professionnels, de voisins, parents et amis.

Impuissant, le spectateur vivra ainsi les stratagèmes, les multiples manipulations et les impressionnants ressorts de rejet et d’affections que cette femme subira de la part d’Alex, son conjoint, prêt à tout pour la garder sous son emprise. Performance impassible de Hugo Carton, dont les charmes s’étiolent toujours dangereusement.
Avec sa volonté de montrer ces mécanismes et ces engrenages dans lesquels la majorité des victimes se trouvent sans jamais vraiment s’en sortir, la proposition réussit son pari de ne pas donner dans le pamphlet à savoir comment s’en émanciper, mais de bien faire vivre et comprendre cet enfer si vicieux. Tout en appuyant et identifiant les ressorts principaux utilisés par les bourreaux.

Se déroulant presque entièrement au courant d’un 24h qui donne l’impression de se subir et de défiler sous nos yeux en temps réel, le film donnera effectivement envie d’en finir, sans être capable d’y mettre fin, à moins d’arrêter ou d’échapper au film.
Plusieurs moments marquants, comme lorsque Kiki se voyant interdire l’entrée d’une échappatoire potentielle devant une grille close et se faisant plutôt inviter à aller rejoindre son mari, seront particulièrement crève-cœur. L’indifférence (souvent faussée) et la banalité de segments habituellement clés donneront une couleur unique au projet, comme lors d’une scène de sexualité particulièrement désexualisée, également mémorable de par son absence absolue de véritable désir.

Le rythme, insistant, tout comme la durée, s’avérera être autant la principale qualité que le défaut de cette création.
En franchissant la barre des deux heures, il est impossible que tout ce qui se déroule ne s’imprègne pas en nous, créant à sa manière des dommages non négligeables. En valorisant un certain naturel, même si plusieurs situations s’avèrent plus plaquées, on doit toutefois aussi se farcir des passages comme un segment à un stand alimentaire qui s’étire jusqu’à plus soif ou à une fête dont on se passerait d’invitation.
La gravité de ce à quoi on assiste ne se marie pas toujours bien avec ce désir de nous faire souffler, ici et là, ou d’alléger l’ensemble avec ce qu’on semble dénoter comme étant de petites touches humoristiques.

Peut-être, aussi, que la suggestion des répercussions que tout ceci aura sur la naïveté de l’enfance manquera d’encadrement, tellement on restera trop près du couple principal et dans toutes les positions les plus inconfortables possibles. À travers cela, on comprend la position des parents cinéastes de protéger leur propre fille d’un tournage aussi difficile où même la mère du co-réalisateur en profite pour relater sa propre expérience de violence conjugale.
Cette oppression qui finira par peser sur tous, devant et derrière la caméra, ainsi que devant l’écran, est néanmoins relativement essentielle à la radicalité mise en ordre et de l’avant.
Restera à savoir jusqu’à quel point les gens voudront suivre Mauvaise étoile dans sa totalité, et si le film parviendra à faire oeuvre utile.

6/10
Mauvaise étoile a été vu dans le cadre de la 55e édition du Festival du Nouveau Cinéma. En absence de distributeur, il n’y a pas de sortie en salle de prévue pour l’instant. En France, il doit prendre l’affiche au début de 2027.





