S’inspirant très librement du Journal d’une femme de chambre d’Octave Mirbeau, Radu Jude écorche sans merci, ici, dans le film du même nom projeté au Festival du nouveau cinéma, la bienpensance des bourgeois de gauche. L’esprit subversif du roman est intact et le public rit jaune.
Le cinéaste d’origine roumaine Radu Jude déplace l’histoire à Bordeaux, aujourd’hui. Gianina (formidable Ana Dumitrescu) est employée par un couple de bourgeois bien à gauche, joués par Mélanie Thierry et Vincent Macaigne. Elle leur fait des soupes thaïes et s’occupe de leur insipide gamin. Sous la recommandation de sa patronne, elle participe aussi à une production théâtre de l’oeuvre originale de Mirbeau. On n’en dit pas plus.

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Les deux récits ne se répondent pas, mais se complètent. Au début, on les trouve si gentils, ce couple, exploitant tellement moins leur bonne que ses précédents employeurs. Mais Gianina n’est pas dupe et ne les considère pas davantage que les autres. Car sous cette bonté apparente, il y a un sirop de bons sentiments d’une rare condescendance. Du virtue signaling dans toute sa splendeur. Que Radu Jude écharpe avec une joie méchante. Il ne fait pas pour autant de la bonne une sainte ou une victime, même si c’est ainsi que ses patrons aimeraient se la représenter.
Est-ce qu’il y va un peu trop? Est-ce que Mélanie Thierry et surtout Vincent Macaigne cabotinent en roue libre? Oui. Est-ce qu’on en redemande? Aussi oui. Car même dans la caricature, on se reconnaît, hélas, ou tant mieux.





