Les duos dépareillés et les tonalités mélancoliques sont bien connus du cinéaste irlandais d’origine anglaise Martin McDonagh, qui livre avec Wild Horse Nine un autre film qui risque d’animer avec bonheur les cérémonies de prix à venir.
Pas question de baisser les bras, une fois que sa distribution s’effondre; c’est l’occasion idéale de renouer avec Sam Rockwell, que Martin McDonagh a dirigé à deux reprises déjà, en plus de le mener à son premier Oscar dans l’inoubliable Three Billboards Outside Ebbing, Missouri.
Du reste, alors que le réalisateur aime habituellement bien réutiliser ses comédiens, voilà que la confiance s’est installée pour laisser la chance aux coureurs et à quelques joueurs très bien établis.
Cela risque d’être une formule plus que gagnante, puisque si Steve Buscemi cadre magnifiquement bien dans l’univers du cinéaste, John Malkovich est plus incroyable que jamais. De là à dire que les prix pourraient pleuvoir, il n’y a qu’un pas.

Tourné au Chili, dont l’inimitable île de Pâques, c’est aussi la chance d’avoir la présence de Pablo Larraín parmi les producteurs et de lui subtiliser Mariana Di Girólamo, qui incarnait sa Ema du rôle-titre. Celle-ci, forte et sensible, apporte finalement un pendant féminin à un univers très brutal, cru et masculin, volant la vedette à une Ailín Salas peut-être un brin moins à l’aise et une Parker Posey plus accessoire et sous-utilisée.

D’abord feu roulant d’hilarités où chaque réplique est plus truculente que la précédente, on finit par craquer la surface et montrer les véritables motivations derrière le projet. Le côté crépusculaire, dont on citera les références aux westerns à plusieurs reprise, incluant un court, mais marquant passage de Tom Waits en plein désert, ajouteront la profondeur et la noirceur significative au cinéaste.

Alors que le concept de la mort n’est jamais très loin dans ses oeuvres, McDonagh continue de l’aborder comme une ombre fantomatique qui plane.
À travers la performance délicate de Malkovich en cheval sauvage du titre et ses écarts philosophiques enregistrés sur cassettes, où l’on passera des dinosaures au sens de la vie, on essaiera continuellement de trouver l’équilibre entre le désir d’oublier le passé et d’assurer sa place dans l’histoire à travers ses mémoires.

L’écriture de McDonagh est à la fois d’un brio certain et d’une infinie justesse. Chaque revirement étant écrit de sorte que l’intelligence du spectateur est continuellement récompensée, révélant les éléments importants avec instinct, plutôt que condescendance.
Le film se veut aussi plus accessible, avec cette langue anglaise primant sur les accents irlandais plus nichés, on se concentre davantage sur les liens unissant les personnages et leurs ressentis, donnant quelque chose de plus direct et peut-être moins fantasmé que le magnifique The Banshees of Inisherin.

En fait, le réalisateur revient à l’énergie de son In Bruges, nommé aux Oscars pour le meilleur scénario. Ici, l’attente partage la vedette avec des lieux magnifiques.
D’autant plus qu’à l’instar des paysages de l’Irlande, les larges étendues et grandes têtes sculptées de l’Île de Pâques semblent avoir particulièrement inspiré le directeur photo Ben Davis. Ce dernier est capable du meilleur et du pire, surtout lorsqu’on lui impose trop d’effets spéciaux via des univers imaginés, ce qui n’est pas le cas ici.

Classique, la mise en scène ne révolutionne rien, le montage de Mikkel E.G. Nielsen, nouveau venu dans l’écurie, dosant un découpage presque essentiellement composé de champ-contrechamps et d’inserts des différents panoramas.

Jusqu’aux dernières minutes toujours plus touchantes de Wild Horse Nine, on gardera surtout en tête l’irrésistible duo composé de Malkovich et Rockwell. Celui-ci est considérablement plus complexe qu’il n’y paraît, avec de multiplies couches de lecture qui ajoutent du poids aux dilemmes proposés. Heureusement, comme c’est toujours le cas chez le cinéaste, l’amitié demeurera l’allégeance la plus importante qui soit et pour cela, on lui en sera toujours reconnaissant.

8/10
Wild Horse Nine prend l’affiche en salles le 6 novembre prochain.





