On sait encore bien peu de choses sur l’effet des voyages à long terme dans l’espace profond, au-delà de la protection offerte par les différents champs émanant de notre planète. Mais pour tenter de comprendre ce que pourraient subir d’éventuels astronautes envoyés vers Mars, à plusieurs mois de voyage de la Terre, des chercheurs du Medical College of Wisconsin se sont tournés vers… les rats.
Impossible, en effet, de construire un laboratoire orbital pour y étudier des humains. Impossible, aussi, du moins sur les plans éthiques et légaux, de recréer les conditions de l’espace profond en laboratoire et d’y soumettre des humains.
Pour parvenir à leurs fins, les auteurs d’une nouvelle étude publiée dans PLOS ONE ont plutôt choisi de sélectionner des rats au mitan de leur vie, pour équivaloir le plus possible à l’âge moyen des astronautes de carrière, avant de soulever leurs pattes arrières pendant 30 jours, afin de reproduire, du moins en partie, l’apesenteur spatiale.
En faisant appel à des spécialistes de la NASA, et à leur équipement capable de répliquer les radiations spatiales au-delà de notre planète, les chercheurs ont bombardé les rats avec une forte dose de radiations visant à répliquer des mois d’exposition aux conditions difficiles du vide spatial.
Après la fin de l’expérience, au bout des 30 jours en « apesenteur », les rats ont pu vivre le reste de leur vie normalement, avec un suivi pendant un an, soit l’équivalent de 25 ans de vie humaine.

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L’espace nous brise le coeur
Les scientifiques ont constaté trois principaux effets chez les rats, à la suite de leur « vol spatial », et l’un d’entre eux se trouvait au coeur des hypothèses des chercheurs, nous indique-t-on par voie de communiqué.
Ainsi, après une certaine dose de radiations, les rats ont commencé à développer de la fibrose périvasculaire, c’est-à-dire un genre de tissu cicatriciel qui s’enroule autour des artères coronariennes qui alimente le coeur en sang.
Quelque 270 jours après l’irradiation, ce tissu cicatriciel avait doublé de volume, comprimant les vaisseaux sanguins jusqu’au point où une crise cardiaque était bien plus probable.
On précise toutefois que la seule coupable serait la radioactivité, et non pas l’apesenteur.
Et lorsque les chercheurs ont exposé les rats à une dose de radiations plus faible, et qui ressemblerait davantage à l’ampleur de l’exposition des astronautes pendant un voyage aller-retour de trois ans vers Mars, ils ont constaté que le tissu cicatriciel n’était pas immédiatement visible.
Mais un an après l’irradiation, 83% des rats avaient développé ce problème de santé. Cela pourrait dire que chez l’humain, il pourrait s’écouler des décennies avant l’apparition des premiers symptômes.
Un système immunitaire affaibli
Autre mauvaise nouvelle: l’irradiation semble aussi avoir grandement réduit l’efficacité du système immunitaire des rats, ceux-ci souffrant toujours, des mois après l’expérience, du manque d’environ les deux tiers des cellules « tueuses » qui s’attaquent aux autres cellules infectées par un virus, ou encore atteintes du cancer.
Cette fois, l’apesenteur aurait aussi joué un rôle; mais là où le retour sur « Terre » après une absence de radiations signifie un retour à la normale éventuel, chez les rats irradiés, cette guérison a été bien moins importante.
Les rayons cosmiques auraient donc affecté la capacité de la moëlle des os à réagir à un stress physiologique.
Mutations au menu
Puisqu’il fallait, apparemment, une autre preuve du danger de l’espace, le génome des globules blancs des rats irradiés aurait muté de façon permanente, augmentant du même coup le risque de leucémie, sans compter une multiplication par quatre des risques de crise cardiaque et d’AVC.
Il n’en reste pas moins, soulignent les scientifiques, que cette expérience a ses limites. Non seulement la dose de radiations a-t-elle été administrée d’un coup, plutôt que dans le cadre d’une exposition continue s’étalant sur des mois, mais on ignore aussi, justement, si le système de réparation de nos cellules serait en mesure de combattre les effets négatifs de ces rayons cosmiques.
Par ailleurs, même si les rats sont généralement de bons substituts pour des sujets de test humains, ils ne sont pas une copie parfaite de notre génétique. De plus, seuls des rats mâles ont été utilisés pour l’expérience, ce qui veut dire qu’on ne sait pas si les femmes astronautes seraient affectées différemment.
Malgré tout, tout cela n’est pas vraiment une bonne nouvelle pour les missions spatiales à plus long terme. Reste à savoir si l’humanité sera assez têtue pour tenter de trouver des solutions à ce problème.





