Difficile de résister aux folies délirantes de l’inimitable Quentin Dupieux, bien que Le vertige a l’impression de sonner un peu la redite dans l’oeuvre touffue d’un cinéaste qui n’a toutefois pas peur d’explorer de nouveaux médiums.
Dès son Nonfilm, il y a plus de deux décennies déjà, Quentin Dupieux qui était alors surtout connu pour son travail musical en tant que Mr. Oizo, s’est peu à peu bâti une réputation en tant que cinéaste.
De fait, depuis Rubber, il s’amuse avec ses propres limites en questionnant et remettant en question autant le réel que notre rapport à ce dernier, ainsi que l’expérience spectatorielle.
De celui qui livre ses oeuvres plus vite que son ombre (à raison d’une production par année depuis environ dix ans), et son long-métrage le plus court depuis son magistral Yannick, l’une des pépites les plus marquantes d’une filmographie qui force l’admiration, on le voit enfin s’attaquer à l’animation.

Certes, les effets spéciaux en mode bricole et les tours de passe-passe ont été utilisés à bon escient dans plusieurs de ses créations, comme dans Fumer fait tousser, par exemple, qui rendait un hommage senti aux émissions télé rétro de style Power Rangers.
Sauf que l’animation, c’est certainement nouveau. Pas question toutefois de donner dans le réalisme ultra léché ou de s’acoquiner de la fine pointe de la technologie comme la tendance aime le faire habituellement. Au contraire, on se lance dans une esthétique bâclée qui évoquera pour beaucoup des jeux de simulation comme The Sims.
Et pour ceux qui y verront une panoplie de clin d’oeil et de références au célèbre jeu vidéo, ce sera certainement la totale, le design graphique constituant en grosse partie l’extase que procure le film.
Mieux, cela sied à merveille le propos qui s’amuse avec le concept de beaucoup de conspirationnistes à se demander, façon The Truman Show ou le référencé à même le film The Matrix, si nous ne serions pas en train de vivre dans une simulation.

Suivant ce point de départ simpliste, s’ensuit l’humour absurde et pince-sans-rire décapant de Dupieux et des répliques mémorables que trois habitués de l’univers du cinéaste, soit Alain Chabat, Jonathan Cohen et Anaïs Demoustier, délivrent avec brio.
Les bonnes idées fusent, bien que le rythme et le principe de la répétition, dont s’arment la majorité de ses détracteurs habituellement, sont souvent plus près de mettre à mal le projet, plus que dans d’autres propositions conceptuelles comme Daaaaaalí! ou Le deuxième acte.
Pour quiconque acceptera néanmoins l’univers de Le vertige, sera assuré de rire, souvent très fort, et ce, régulièrement. C’est sans mal l’accouchement le plus mémorable du septième art depuis longtemps, même We Live in Time inclus. De plus, la signification derrière le titre, tout comme son fantastique épilogue, constitueront sans mal de beaux moments d’anthologie.
De quoi remercier son fidèle collaborateur Hugo Sélignac, l’un des producteurs les plus audacieux du cinéma français actuel, suivant les plus talentueux dans leurs plus fabuleux délires.
On se désole seulement que le festival, grand abonné de Dupieux, n’a vraisemblablement pas pu mettre la main sur Full Phil, l’autre film du cinéaste qui était également présenté à Cannes cette année. À moins qu’une de leur attendue annonce surprise ne soit faites dans les jours à venir.

7/10
They Lurk Beneath Eyelids

Quelques mots sur le court-métrage qui a à la fois précédé la projection, mais également débuté sur une très mauvaise note le festival déjà dans une belle tourmente.
En présence de son « réalisateur » Pat Tremblay qui ne se cache pas d’utiliser uniquement l’Intelligence Artificielle pour ses créations, ce dernier a eu bien du mal à défendre son processus et ses motivations. Tout en précisant (ou justifiant, selon) que ce maigre trois minutes lui a tout de même pris un bon mois à façonner et à améliorer (car l’IA est plein de défauts), mais pas à temps plein.
Devrait-on lui apprendre combien de temps prennent certains cinéastes à concevoir autant des films de fiction que d’animation?
Le discours facile sur le manque de moyens et les difficultés de financements sont au contraire habituellement un motif supplémentaire pour les créateurs de faire preuve de débrouillardise et de créativité.
Pour Tremblay, c’est que ses idées sont trop coûteuses pour ce qu’il peut se permettre. Ici, on parle de rendre hommage aux grands classiques du cinéma d’horreur italien via une idée brouillonne qui tourne rapidement en rond.
De quelqu’un indiquant avoir débuté dans les effets spéciaux et compagnie et semblant insulter tout le milieu dont il fait techniquement partie, on trouve aberrant que le festival encourage quelque chose d’aussi discutable. Tout comme de donner une plateforme de diffusion à quelqu’un qui termine son court-métrage en se faisant de la pub à l’écran et dont tout se résume par cette question qu’un membre du public lui a posé: quel est le mérite d’une oeuvre entièrement créée par intelligence artificielle?
Pitoyable.
Le vertige a été vu dans le cadre de la 55e édition du Festival du Nouveau Cinéma. Une seconde séance est prévue ce lundi 12 octobre au Cineplex Quartier Latin à 17 h. Il ne semble pas avoir de distributeur au Québec pour l’instant.





