Depuis le 26 septembre, le Musée des Beaux-Arts de Montréal (MBAM) accueille une exposition fort singulière: un événement, un rendez-vous artistique aussi organique que froid, aussi vivant qu’industriel. Avec Les frémissements de l’âme, l’institution de la rue Sherbrooke marque l’imaginaire de façon singulière.
Plus importante exposition consacrée à l’artiste japonaise Chiraru Shiota, l’événement met de l’avant une série d’oeuvres aussi spectaculaires qu’audacieuses. On aura probablement déjà vu, dans l’une des nombreuses publicités entourant l’expo, ces sculptures réalisées avec des fils et autres cordelettes regroupés par milliers. Mais se trouver sur place permet d’apprécier ces différentes oeuvres selon une autre perspective.
Bien sûr, la première impression en est une d’étonnement, voire de fascination. À l’idée d’imaginer le temps et la patience nécessaires pour fabriquer le tout (et pour l’installer dans les salles du MBAM, d’ailleurs), la tête nous tourne. Mais ce qui étonne le plus, c’est cette dualité entre le vivant et le mort, entre le très tactile et l’insaisissable.
De cette première sculpture toute faite de câbles rouges, d’ailleurs, on ne peut s’empêcher de tisser (pardon) des liens vers la symbolique de l’horreur, avec des viscères et autres parties de nos corps qui pourraient avoir été minutieusement tendues à travers une grande pièce.

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L’effet est particulièrement marqué plus loin, dans l’exposition, lorsque des vêtements sont « gainés », ou encore « encastrés » derrière une structure filaire entièrement noire. De là à penser qu’une gigantesque araignée a placé là ces objets pour les conserver précieusement dans sa toile, il n’y a qu’un pas que l’on s’empresse de franchir.
Idem pour ces fenêtres usées, sales, aux cadres endommagés, récupérées dans de vieilles maisons situées à proximité de l’emplacement du Mur de Berlin. À première vue, la transparence du verre devrait nous permettre de voir à travers sans aucun problème. Mais l’objet devient ici le centre de l’attention, pas ce qu’il y a de l’autre côté de la vitre. C’est donc cette tour de fenêtres, cette construction étrange qui devient la pièce muséale, l’oeuvre à part entière.
Si l’exposition sur la collection Torlonia, qui mettait de l’avant des statues remontant largement à l’époque romaine, était un aperçu d’un monde où l’on se mettait en quête d’éternité, ici, c’est tout le contraire: des objets semblent avoir été préservés dans la « toile », certes, mais cet « emballage » est lui-même « percé », l’air circule, la lente usure se poursuit. La preuve, s’il en fallait une, de la disparition éventuelle de toute chose.
Ce que Mme Chiraru Shiota démontre, donc, dans cette extraordinaire exposition, c’est le paradoxe entre la finalité et la minutie. Comme quoi il est tout à fait possible de consacrer sa vie à quelque chose de temporaire, qui est déjà condamné à disparaître. On aurait voulu immiter La vie, mode d’emploi, que l’on n’aurait pas pu faire mieux.
Voilà donc une exposition à voir, mais surtout des oeuvres à vivre, des créations dont il faudra s’imprégner, ne serait-ce que pour un instant. À découvrir au Musée des Beaux-Arts, jusqu’au 14 février prochain.





