Sur le bord de l’océan, une maison; dans cette maison, deux femmes, soit la mère de famille et une artiste peintre. Ensemble, dans Lumières, lumières, lumières, présentée à la salle Fred-Barry du théâtre Denise-Pelletier, elles erreront entre désirs d’émancipation et la froide réalité du temps qui passe.
Adaptée du roman Vers le phare, de Virginia Woolf, cette oeuvre d’Evelyne de la Chenelière fait immédiatement penser à Portrait de la jeune fille en feu: l’époque a beau ne pas être la même, on retrouve cette chape de plomb des valeurs conservatrices, cette structure familiale traditionnelle qui empêche toute évolution, toute émancipation.
Entre Madame Ramsay et Lily Briscoe, on retrouve des millénaires de dialogues, de contraintes sociales et genrées… Bref, toutes sortes de codes qui pèsent. Et pourtant… pourtant, nos deux protagonistes rêvent. Mais rêvent de quoi, au juste? De s’aimer? D’être libres, tout simplement? Mais que peuvent-elles faire contre une société entière, voire même des contraintes qu’elles ont appris à intérioriser? N’a-t-on pas raison de rechercher la stabilité, ce qui est connu, ce qui est rassurant, même si cela n’est pas bon pour nous?

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Ne faut-il pas, plutôt, s’effacer devant les hommes et leurs échanges insipides? Fera-t-il beau, demain? Pourrons-nous emmener l’un des nombreux enfants au phare? Le phare, cette terre promise aussi lointaine qu’ultimement décevante.
Sur scène, dans un décor tenant autant du bon chic bon genre, de l’éthéré et du lent effondrement, nos protagonistes tentent de se raccrocher à quelque chose – n’importe quoi – qui pourrait éviter leur naufrage. Ou, au moins, le ralentir.
Sur scène, toujours, Florence Viala et Aymeline Alix sont tour à tour soumises, révoltées, confuses, ou encore animées d’un violent désir de vivre, mais aussi de s’autodétruire.
On peut imaginer, peut-être, comment tout cela va se terminer… Mais à l’image du piano auquel il manque deux pattes placé au milieu de la scène, l’histoire de Lumières, lumières, lumières est aussi magnifique que tragique. Une oeuvre à voir, pour souffrir de fort belle manière.
Lumières, lumières, lumières, d’Evelyne de la Chenelière, mise en scène de Florient Siaud
Avec Florence Viala et Aymeline Alix
À la salle Fred-Barry du théâtre Denise-Pelletier jusqu’au 19 septembre





