L’art du théâtre peut, sans trop de problèmes, être représenté sur un spectre: à gauche, les classiques des classiques, joués selon les mêmes codes, dans des décors et des costumes qui sentent un peu la naphtaline. À droite, quelque chose comme Jardin, jouée sur les planches d’Espace libre, qui semble faire fi des conventions, sans nécessairement que cela l’avantage.
Dans le jardin d’Eden, Adam et Ève vivent une vie parfaite… Jusqu’à ce qu’Ève ne morde dans le fruit défendu de la connaissance, bien entendu. Mais ce n’est pas là la vraie histoire. Ce n’est qu’une métaphore à saveur religieuse. La preuve: Adam et Ève ont emménagé ensemble, et l’omniprésence du jardin, ou plutôt du Jardin avec un J majuscule, les mènera, lentement, mais sûrement, à leur perte.
Parlant d’omniprésence, d’ailleurs, le metteur en scène Daniel Brière a choisi de prendre le texte d’Evelyne de la Chenelière au mot: on s’est carrément débarrassé des estrades habituelles pour installer le plus grand nombre de plantes possible.
On a bien laissé, ici et là, quelques bancs et strapontins, mais la majorité du public devra demeurer debout pendant une heure, dans une humidité et une chaleur qui conviennent bien aux plantes, mais moins aux humains, surtout en raison du temps frais qui s’installe, dehors – et malgré les efforts louables du système de climatisation.

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Les spectateurs sont aussi invités à circuler le long de cette scène qui occupe presque tout l’espace central de la salle. Mais circuler pour voir quoi? L’action se déroule généralement au milieu de cette scène allongée, ou à l’une des deux extrémités surélevées.
En fait, on aurait pu excuser cette idée assez moyenne, en fait, de tenter de « révolutionner » le théâtre en faisant disparaître les sièges, si le texte avait valu le coup. Mais après une première partie franchement intéressante, où l’autrice nous trace un portrait bigarré, voire même assez sombre, de notre existence sur Terre, l’action s’enlise. Et le fait qu’on nous ajoute de longues périodes de silence, voire un moment où un troisième personnage nous demande pratiquement de taper dans nos mains, n’aide en rien.
Bref, Jardin sera à classer dans la liste des pièces « conceptuelles », dont l’exécution ne survit malheureusement pas entièrement à l’épreuve de la réalité. Qu’on innove, soit. Qu’on ose, tant mieux. Mais tant qu’à demeurer debout dans la chaleur et l’humidité, au milieu des plantes, mieux vaut aller au Biodôme; au moins, on y verra des capybaras.
Jardin, d’Evelyne de la Chenelière, mise en scène de Daniel Brière
Avec Christine Beaulieu, Lyndz Dantiste et Peter Trosztmer
À Espace libre, jusqu’au 26 septembre





