Accomplissant la mission essentielle de vulgariser des débats extrêmement complexes sur l’intelligence artificielle et ses potentielles conséquences sur l’humanité, le documentaire The AI Doc: Or How I Became an Apocaloptimist constitue un visionnement incontournable pour mieux comprendre les enjeux entourant l’IA.
À l’heure où l’intelligence artificielle s’impose comme le sujet technologique le plus débattu de notre époque, The AI Doc: Or How I Became an Apocaloptimist propose bien plus qu’un simple état des lieux. Coréalisé par Daniel Roher et Charlie Tyrell, le film adopte une approche très personnelle: à la veille de devenir père, Roher entreprend de comprendre ce que l’explosion de l’IA signifie pour l’avenir de son enfant, et, par extension, pour celui de l’humanité tout entière. Ce point de départ intime permet à l’œuvre de dépasser le cadre du documentaire technologique traditionnel pour devenir une réflexion sur la peur, l’espoir et notre capacité à maîtriser les outils que nous créons.
Le documentaire impressionne par la qualité de ses intervenants. Plus d’une quarantaine d’experts y prennent la parole, dont des chercheurs et critiques technologiques, des figures associées au courant du risque existentiel lié à l’IA, comme le montréalais Yoshua Bengio ou l’historien Yuval Noah Harari, et des voix plus optimistes issues de la Silicon Valley. Roher réussit même à interviewer trois des cinq dirigeants des plus grosses compagnies américaines dans le domaine, soit Sam Altman (OpenAI), Dario Amodei (Anthropic), et Demis Hassabis (Google DeepMind). Mark Zuckerberg (Meta) a décliné l’invitation, tandis qu’Elon Musk (xAI) a accepté de participer, mais ne s’est finalement jamais présenté.

Plutôt que d’imposer ses propres réponses, The AI Doc met en scène un dialogue constant entre optimistes, sceptiques et alarmistes, et cette diversité de points de vue constitue la force du documentaire. Les IA montrent déjà un comportement de préservation de soi et la capacité à mentir. Qu’adviendra-t-il lorsqu’elles seront devenues plus intelligentes que nous et que nous ne pourrons plus les contrôler? Même des dirigeants d’entreprise, comme Sam Altman, sont conscients des dangers potentiels, mais semblent incapables d’arrêter ce train en marche, pris dans une course effrénée leur faisant lancer sur le marché des intelligences artificielles de plus en plus puissantes, sans porter aucune attention au moindre principe de précaution.
Le documentaire tente aussi de trouver de l’espoir, et certains des intervenants brossent le portrait d’un futur utopique. Toutefois, leurs arguments tombent un peu à plat. Ils prétendent, par exemple, que l’IA nous aidera à résoudre le réchauffement climatique. Pourtant, le développement de centres de données aggrave les problèmes écologiques. On fait miroiter des remèdes trouvés par l’intelligence artificielle pour guérir des maladies incurables, mais puisque ces technologies sont développées par des compagnies dont le but est de faire de l’argent, leur cure contre le cancer serait-elle gratuite? Bien sûr que non. Et qu’adviendra-t-il des millions de travailleurs remplacés par une IA capable de faire le travail plus vite, et pour moins cher?

La dernière partie du documentaire lance un appel à la mobilisation citoyenne pour exiger davantage de réglementation et de transparence de la part des compagnies développant des IA. Il ne fait aucun sens qu’il y ait davantage de balises entourant la simple vente de nourriture que le développement de l’intelligence artificielle, dont les répercussions peuvent être mille fois plus néfastes, et malheureusement, les gouvernements semblent n’avoir aucune volonté de légiférer le domaine. À l’image de la crise du nucléaire ou même de la pandémie de COVID, où les États de toute la planète ont travaillé de concert pour résoudre ces problèmes, c’est un effort commun de la même ampleur qui est requis aujourd’hui.
Bien plus qu’un simple défilé de têtes parlantes, le montage de The AI Doc: Or How I Became an Apocaloptimist est plus dynamique et artistique que la moyenne des documentaires. Animations artisanales, séquences en stop-motion, illustrations, images d’archives ou extraits de bulletins de nouvelles viennent constamment dynamiser le récit. Cette recherche esthétique donne au film une personnalité immédiatement reconnaissable, et la réalisation parvient à transformer des conversations parfois très techniques en véritables séquences de cinéma. La bande sonore accompagne efficacement cette progression émotionnelle, alternant moments contemplatifs et passages plus anxiogènes sans jamais paraître manipulatrice.
L’intelligence artificielle sauvera-t-elle le monde, ou anéantira-t-elle l’humanité? Selon la majorité des intervenants prenant la parole dans le documentaire, il est impossible de séparer les promesses de l’IA de ses potentiels périls. Il est donc vital de se renseigner sur cette révolution qui changera le monde à jamais, pour le meilleur ou le pire, et The AI Doc constitue le document le plus exhaustif à ce jour sur le sujet.
8.5/10
The AI Doc: Or How I Became an Apocaloptimist
Vous pouvez vous procurer le documentaire en cliquant ici.
Réalisation et scénario: Daniel Roher et Charlie Tyrell
Avec: Yoshua Bengio, Guillaume Verdon, Yuval Noah Harari, Tristan Harris, Demis Hassabis, Dario Amodei et Sam Altman
Durée: 104 minutes
Format : Blu-ray
Langue : Anglais seulement (avec sous-titres français et espagnol)





