Dans l’Antiquité, le plus important problème touchant l’alimentation des citoyens de la capitale de l’Empire romain n’était pas lié au climat, mais plutôt au transport des céréales vers Rome.
Voilà du moins la conclusion d’une étude récemment publiée dans Climate of the Past: on y indique qu’en comparant des centaines d’années de données à des reconstructions des conditions climatiques prévalant à cette époque, il est clair que les périodes de chaleur inhabituelle, les coups de froid, les sécheresses, ou encore les fortes pluies, ne correspondaient que rarement aux pénuries de nourriture.
La faute serait plutôt du côté du réseau de transport destiné à alimenter Rome. Ainsi, si ce système de routes commerciales a longtemps été en mesure d’absorber les chocs provoqués par de mauvaises récoltes dans certaines régions, avec le temps, il a commencé à se fragiliser, ce qui l’a alors rendu vulnérable aux aléas du climat.
Comme l’écrivent les chercheurs, nourrir environ un million d’habitants, dans l’Antiquité, était l’un des plus grands défis logistiques de Rome. Chaque année, mentionne-t-on par voie de communiqué, d’énormes quantités de céréales, notamment du blé, étaient transportées de différentes régions agricoles entourant la Méditerranée, notamment en provenance d’Afrique du Nord, pour éviter la famine dans la capitaine romaine.
Pour déterminer si le climat avait bel et bien un rôle à jouer dans les pénuries de nourriture, le Dr Devi Taelman, de la Vrije Universiteit Brussel, ainsi que ses collègues, ont examiné des informations historiques à propos des famines recensées entre l’an 1 de notre ère et l’année 650.
Ils ont ensuite comparé le tout à des reconstructions climatiques permettant d’estimer les températures et les précipitations de cette époque, dans les principales régions productrices de céréales.
De cette façon, les spécialistes ont cherché à déterminer si la météo extrême était régulièrement liée aux années où les habitants de Rome peinaient à se nourrir.
De façon surprenante, écrivent-ils, il n’y aurait que peu de liens entre ces deux situations; ainsi, la météo extrême, à elle seule, aurait rarement été la cause de famines, à l’époque où l’Empire romain était à son apogée.

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Un réseau fait pour durer
Selon les auteurs de l’étude, l’ampleur du réseau agricole de Rome, avec sa diversité géographique et climatique, servait de barrière contre les mauvaises récoltes qui pouvaient survenir ici et là.
Ainsi, si de mauvaises conditions climatiques affectaient la production de céréales à un endroit, les Romains pouvaient toujours se tourner vers une autre région agricole pour s’alimenter. Et donc, une mauvaise météo ne signifiait pas nécessairement que les entrepôts étaient vides, dans la capitale.
Cela vient aussi confirmer la différence entre la production alimentaire et la sécurité alimentaire: il ne suffit pas de produire suffisamment de nourriture; il faut aussi être en mesure de transporter celle-ci vers ceux et celles qui en ont besoin.
Pour alimenter Rome, il existait donc, rappelle-t-on par voie de communiqué, un énorme système logistique impliquant des navires, des ports, des entrepôts, le tout géré par un appareil administratif.
Les céréales franchissaient ainsi parfois des centaines, voire des milliers de kilomètres, avant d’atteindre la capitale. Il fallait donc une dose de stabilité politique, des infrastructures fonctionnelles et une grande coordination pour assurer le fonctionnement de ce système complexe.
Un réseau sous pression
Comme le rappellent les auteurs de l’étude, tout cela a changé au cours du cinquième siècle de notre ère. À mesure que l’Empire romain d’Occident se fragmentait, il a peu à peu perdu le contrôle de plusieurs régions productrices de céréales, y compris l’Afrique du Nord, ce qui a réduit autant la diversité que la flexibilité du réseau de transport de nourriture de Rome.
C’est durant cette période plus tardive de l’histoire de Rome que les chercheurs affirment avoir détecté un lien beaucoup plus fort entre les conditions climatiques et les pénuries de nourriture. Lorsque l’empire n’a plus été en mesure de compenser les mauvaises récoltes en s’approvisionnant ailleurs, les mauvaises conditions météo ont eu beaucoup plus de chances de se transformer en crises alimentaires.
Et donc, même si les événements climatiques extrêmes ne se sont pas nécessairement multipliés, Rome a de moins en moins été capable d’y répondre.
Pour les chercheurs, même si l’Empire romain s’est effondré il y a plus de 1300 ans, les conclusions de leur étude peuvent encore s’appliquer à nos sociétés: pour assurer la sécurité alimentaire de notre civilisation, des infrastructures résilientes, une diversification des chaînes d’approvisionnement et une gouvernance efficace sont tout autant d’aspects dont il faut tenir compte.
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