La Suède occupe depuis longtemps une place importante dans le paysage de la littérature policière, avec ses lacs gelés, ses inspecteurs vieillissants, ses paysages aussi nordiques que spectaculaires… Mais qu’en est-il des gens ordinaires? Avec Still Life, l’autrice Malin Persson Giolto propose 10 incursions dans des existences supposément paisibles, mais qui seront en fait profondément transformées par le drame de la vie quotidienne.
Un jeune policier qui commet un acte impardonnable lors de l’une de ses premières assignations. Une mère qui tente de gérer une vie avec un fils dépressif. Une femme qui se retrouve engluée dans une sombre machination. Page après page, l’écrivaine nous raconte le quotidien de ces gens ordinaires qui sont confrontés à quelque chose d’extraordinaire.
En fait, est-ce vraiment le cas? Ne peut-on pas plutôt parler de situations habituelles, justement. Ou, du moins, de coups du destin dévastateurs pour une personne, mais qui ne feront peut-être même plus les manchettes, tellement ils sont banals pour les autres?

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Voilà, peut-être, ce qui peut être à la fois audacieusement novateur et étrangement dérangeant, dans ces nouvelles. En effet, il ne faut pas s’attendre à ce que le narrateur débusque un meurtrier, ou qu’un criminel soit envoyé derrière les barreaux. En fait, bien souvent, s’il faut blâmer un coupable, c’est sur la tête de gens tout à fait sans histoire que s’abattra cette épée de Damoclès.
Parfois, même, les « coupables » ne sont responsables que d’avoir subi le destin. Un destin bien souvent cruel, insensible à la douleur des hommes et des femmes sur lequel il fait tomber son couperet.
On aimerait parfois, bien honnêtement, que certaines nouvelles soient plus complètes. Que des situations en apparence inexpugnables, ou tout simplement particulièrement tristes, connaissent un dénouement plus complet, à défaut d’offrir une conclusion plus positive.
Mais c’est là à la fois l’avantage et l’inconvénient de la nouvelle: on peut se permettre de couper court, de terminer un texte avant sa « conclusion » logique. Après tout, c’est l’auteur – l’autrice, dans ce cas-ci – qui décide, non? Et il est clair qu’avec Still Life, Mme Persson Giolito nous rappelle, dix fois plutôt qu’une, que la vie n’a pas à être juste. La vie se déroule, avance directement sous notre nez. À nous, alors, de nous adapter. Ou de nous accrocher et d’espérer, c’est selon.
Still Life, de Malin Persson Giolito, publié chez Other Press, 268 pages





