Ali tombe par hasard sur Maëlle: le premier sort d’un club, où les 100$ précieusement mis de côté sont rapidement partis en fumée; la deuxième attend de retourner à un vernissage présenté par son amie artiste multidisciplinaire. Entre les deux naîtra quelque chose comme une relation, mais aussi un regard mi-acéré, mi-humoristique, sur le concept de classe socioculturelle, sur les planches de La Petite Licorne.
Écrite par Ahmad Hamdan, Pour Maëlle évoque des thèmes que l’on aura, par exemple, déjà entendus dans le Rue Duplessis de Jean-Philippe Pleau. Cette fois, cependant, le côté humoristique de la chose est pratiquement poussé à son maximum.
Après tout, n’a-t-on pas droit à Ali, qui nous propose ses meilleures techniques pour draguer? N’a-t-on pas droit à ces soirées entre les deux tourtereaux, où notre protagoniste tente de comprendre ce milieu parfois franchement coincé de la Culture avec un grand C, tout en partageant un repas dans un plat de styromousse, le lendemain, avec son meilleur ami? Un ami avec qui il vend des vêtements cheap dans des marchés aux puces?
On pourrait penser qu’Ali ment effrontément à Maëlle, que celle-ci finira par s’en rendre compte, et que le reste de la pièce sera consacré à une ou plusieurs tentatives de rabibochages. Or, il n’en est rien: Ahmad Hamdan, qui joue également le rôle principal, a plutôt choisi de proposer une réflexion sur une certaine vacuité, sur ces existences en silo.
Après tout, l’existence d’une pianiste ayant de la difficulté à vivre de son art n’est pas moins valide que celle de quelqu’un vivant à Montréal-Nord – oui, ce journaliste connaît ses circuits d’autobus! –, mais cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas être capable de faire preuve d’empathie envers ceux et celles qui vivent bel et bien dans des conditions plus difficiles. Soyons conscients de nos privilèges, quelque chose comme ça.
On nous propose également, toujours sous le couvert de l’humour, une réflexion sur une certaine… appelons ça une certaine vacuité de l’art? Bien sûr, l’ironie de présenter cette charge contre les artistes gardant le petit doigt dans les airs à La Licorne, sur le Plateau-Mont-Royal, n’échappera à personne. Pas plus que cette autre ironie, plus amère, celle-là, voulant que cette attaque bien gentille comme l’aspect « précieux » de la culture, et le fait que l’art exige beaucoup de temps pour peu de résultats, sera entre autres critiquée par un journaliste consacrant énormément de temps à un projet médiatique offrant peu ou pas de résultats.
« Fake it till you make it« , lancera, à plusieurs reprises, le personnage d’Ali. Est-ce alors un cas de game recognizes game? Entre « fakeux », on se comprend?
Considérations peut-être trop personnelles mises à part, Pour Maëlle est une pièce qui fait non seulement réfléchir, mais qui permet aussi absolument de se faire aller les zygomatiques. Et en ces temps catastrophiquement horribles (mais aussi terriblement ordinaires), profitons de ces moments trop peu nombreux.
Pour Maëlle, d’Ahmad Hamdan, mise en scène de Myriam Fugère, avec Samir Firouz, Ahmad Hamdan, Sarah Anne Parent et Élisabeth Tremblay
À La Petite Licorne, jusqu’au 28 novembre





