Au moment où l’incertitude règne à nouveau à Gaza, où un cessez-le-feu plus fragile que jamais semble tenir bon, pour l’instant, plusieurs organisations humanitaires disent vouloir profiter de la fin des combats pour enfin apporter une aide plus qu’urgente aux Gazaouis exsangues après deux années de terreur sous les bombes israéliennes.
« Le jour que nous attendions depuis deux ans est enfin arrivé », expliquait ainsi, il y a quelques jours, la Dre Adriana Bara, directrice nationale de l’Association catholique d’aide à l’Orient (CNEWA) pour le Canada.
« [Notre équipe sur le terrain] est très, très heureuse. Nous fondons beaucoup d’espoirs [sur la stabilité de ce cessez-le-feu] », a-t-elle ajouté, dans le cadre d’une entrevue téléphonique accordée à Pieuvre.
« Comme vous le savez, le président [américain, Donald] Trump a rallié la majeure partie du monde arabe pour mettre fin à la guerre. Oui, c’est un cessez-le-feu, mais on espère que ça va marcher! »
La CNEWA fait partie d’une très longue liste d’organisations humanitaires qui tentent, tant bien que mal, de venir en aide à la population de cette enclave sous contrôle du Hamas, et qui est pilonnée depuis plus de deux ans par l’artillerie, les chars et les avions israéliens. Avec, à la clé, plusieurs dizaines de milliers de morts, y compris des milliers d’enfants.
Et par-dessus le marché, l’État hébreu a très longtemps interdit l’entrée d’aide humanitaire, créant des conditions de famine. Selon l’Agence France-Presse, d’ailleurs, qui cite l’Organisation mondiale de la Santé, la situation sur le terrain ne s’est pas améliorée depuis la suspension des bombardements. « La situation reste catastrophique », a ainsi déclaré le directeur général de l’OMS, lors d’une conférence de presse.
Un (très) long processus
Pourquoi a-t-il fallu plus de deux ans de guerre, et de multiples tentatives politiques ratées, pour enfin obtenir une interruption des combats, si fragile soit-elle? « Comme le dit notre directeur régional de notre mission pontificale à Jérusalem, Joseph Hazboun, au cours des tentatives précédentes, les parties ont plusieurs fois changé de position pour diverses raisons. Maintenant, il dit que nous gardons le coeur sur la main et prions pour que cet accord tienne », a encore indiqué la Dre Bara.
Et sur le terrain, la réalité est toujours difficile. Toujours selon M. Hazboun, les personnes réfugiées dans l’enceinte de deux églises avec qui travaille la CNEWA y demeurent encore, pour l’instant, « puisque la plupart d’entre eux ont perdu leur maison, ou leur appartement ».
« Heureusement, ils pourront aller vérifier l’état de leur logement, voir s’ils peuvent rentrer chez eux. Beaucoup de gens ont commencé à reprendre le chemin de Gaza (la ville, NDLR). C’est sûr que nous aurons besoin de tentes, d’endroit où les gens peuvent vivre pendant plus d’un an, a ajouté M. Hazboun », a poursuivi la Dre Bara.
Et toujours au dire de Joseph Hazboun, les besoins les plus criants, pour les Gazaouis, consistent à avoir accès à de l’eau, ainsi qu’à recevoir des médicaments. Ensuite, viendra éventuellement le temps de rebâtir les systèmes de distribution d’électricité, qui ont été largement détruits par Israël.
Il y a toutefois de bonnes nouvelles: le prix de plusieurs aliments de base a largement baissé. Au dire de M. Hazboun, le kilo de farine est ainsi passé de 25$ à 4$. « Cela veut dire que de l’aide entre à Gaza et que les prix baissent », a signalé la Dre Bara.
Depuis l’entrevue accordée à Pieuvre, cependant, Israël a de nouveau suspendu, puis largement ralenti le processus d’entrée de l’aide humanitaire à Gaza.
Pour la CNEWA, maintenant, quelle est la prochaine étape? Selon la Dre Adriana Bara, il faudra récolter « des informations sur le terrain, pour vraiment comprendre les besoins de la population », après deux années sans avoir pu entrer sur le minuscule territoire enclavé.
Jusqu’à présent, nous avons accompli un travail remarquable, dans des circonstances extrêmement difficiles. Des gens ont risqué leur vie pour livrer les biens nécessaires afin de sauver d’autres vies.
-Dre Adriana Bara, directrice nationale de la CNEWA pour le Canada
Parallèlement à son travail au Proche-Orient, ainsi qu’en Ukraine, où elle continue d’épauler la population éprouvée par l’invasion de la Russie, via des églises locales, la CNEWA célèbre aussi 20 années d’activités au Canada.
Le 7 novembre prochain, à Ottawa, l’organisation tiendra ainsi un dîner-bénéfice, notamment en compagnie de Michel Constantin, directeur régional de CNEWA au Liban, en Syrie et en Égypte, et de Joseph Hazboun.
L’occasion, certainement, de souligner le bon travail accompli par l’organisation, mais aussi, sans doute, de réfléchir sur l’état du monde et sur l’aide qu’il faut encore fournir, un peu partout dans le monde, pour aider les gens dans le besoin.





