Impossible de le nier: la double franchise Alien/Predator a droit a deuxième (ou troisième?) vie. Et si le résultat est franchement intéressant du côté du Prédateur, ce grand chasseur devant l’éternel, le Xénomorphe, lui, a eu droit à une horreur interstellaire avec le catastrophique Romulus. Heureusement, Alien: Earth fait mieux, mais vient aussi révéler l’une des grandes faiblesses de ce monstre iconique.
Créée par Noah Hawley, cette série représente la première aventure de notre extraterrestre tueur préféré sur petit écran. Est-ce vraiment une bonne chose? Mystère.
Car il faut convenir d’un point: l’idée, dans Alien et tous ses dérivés, consiste à maintenir le suspense. Alimenter le mystère autour de cette bestiole mortellement dangereuse. Et pour les deux premiers films, des chefs-d’oeuvres qui d’horreur, et qui d’action, le concept fonctionnait parfaitement. Mais plus de 40 ans après la sortie du film original, on connaît le Xénomorphe en long et en large. D’autant plus que Ridley Scott et d’autres réalisateurs n’ont eu de cesse de multiplier les longs-métrages, bien souvent avec des résultats détestables ou encore risibles.
Et donc, le mystère n’existe plus. On sait que l’alien représente l’inconnu, la créature inconnue qui rôde dehors, la nuit. La mort qui peut vous emporter en quelques instants, sans que vous ne puissiez y faire quoi que ce soit.
Mais la plus grande force de la créature est aussi sa plus grande faiblesse: il n’y a aucune profondeur philosophique à cette bibitte qui crache de l’acide. Elle tue, elle court vite. C’est tout. Même le Prédateur, avec sa société articulée autour de la chasse et de l’honneur, offre une plus grande variété d’options scénaristiques, si l’on peut dire.

Dans Alien: Earth, qui se déroule étrangement avant le premier film de la série, ce qui suscite bon nombre d’interrogations sur la volonté des créateurs de conserver un semblant de cohérence, dans tout ça, on nous transporte sur une planète où des mégacorporations se partagent le contrôle du monde.
Et puisque la course à l’innovation technologique passe par l’intelligence artificielle, la robotique et les hybrides d’homme et de machine, nous avons droit à plusieurs discussions fort intéressantes sur la notion de conscience. Gardons-nous notre « âme », si nous sommes transférés dans un corps robotique?
On aurait bien pu, dans ce contexte, avoir effectivement une série de science-fiction à propos de la possible prochaine évolution de l’espèce humaine. Et il aurait même été possible d’y ajouter une ou plusieurs espèces extraterrestres.
Mais en y ajoutant le célèbre alien, cette créature dont on attend un déferlement de violence animale, cela crée une contradiction franchement nuisible: d’un côté, ces grands moments où il ne se passe « rien », et où nos personnages discutent entre eux.
De l’autre, le fameux Alien du titre, dont on voit les oeufs, les face huggers, et même la créature elle-même, mais jamais bien longtemps. Même si l’on sait évidemment ce qui finira par se passer, ce qui doit se passer: bien des gens vont mourir.
Bien franchement, on se demande pourquoi il a absolument fallu intégrer le titulaire alien dans cette série; autrement, nous aurions pu avoir une oeuvre qui se déguste lentement, avec une bonne dose de philosophie. Maintenant, nous passons largement notre temps à attendre que la bibitte sorte du plafond pour manger quelqu’un.





