Faut-il encore présenter Fred Vargas et sa série de romans policiers? Faut-il reparler du commissaire Adamsberg, policier aux méthodes bien souvent étranges, aux manies aussi déconcertantes que sympathiques? En lisant Quand sort la recluse, publié en 2017, il y a toutefois lieu de se demander si l’autrice ne va pas trop loin.
L’histoire commence avec une sombre affaire de voyeurisme, doublée de plusieurs cas d’agression sexuelle. Des crimes abjects, certainement, mais puisque le commissaire et son équipe résolvent le tout dans le temps de le dire, il y a lieu de se demander ce que nous faisons là.
Bien rapidement, cependant, on entend aussi parler de cas où des personnes âgées, mordues par des araignées recluses, sont mortes des suites de complications. Étrange, certes. Improbable, aussi, mais y a-t-il plus qu’une simple malchance, dans tout ça?
Eh bien oui: plutôt que d’être une improbable série de morsures accidentelles, il semblerait bien que nos victimes aient en fait été assassinées.
En soi, cette idée de tuer « à l’araignée », ou avec du venin d’araignée, n’est pas inintéressante. Le problème, c’est que Vargas semble elle-même douter de la pertinence de son scénario, qui est d’ailleurs particulièrement emberlificoté.
De fait, on consacrera presque la moitié de l’ouvrage à tenter de prouver aux collègues d’Adamsberg, et par extension aux lecteurs, que cette histoire de tueur en série travaillant avec des araignées est autre chose qu’une invention d’un commissaire qui semble avoir besoin de longues vacances.
Cela faisait certes longtemps que ce journaliste a lu du Vargas, mais cette fois, l’histoire est non seulement abracadabrante, mais le personnage principal semble encore plus agir à l’instinct qu’auparavant, quitte à se tromper royalement, tout en violant un nombre incalculable de règles éthiques et déontologiques.
Certes, ces « tics », ces « manies » font parfois sourire, mais si elles ont en partie contribué à faire le succès de ces romans policiers, on a cette fois l’impression que l’énigme policière, justement, n’est plus du tout à notre portée, mais plutôt un mystère que seul le commissaire est en mesure de résoudre.
Au moment de la grande révélation, d’ailleurs, en découvrant le pot aux roses, on se dit que l’affaire était justement trop complexe et absurde pour son propre bien, et que l’élément déclencheur ayant mené à l’indentification de la personne coupable est franchement risible.
Quand sort la recluse a malheureusement davantage des airs de bonne idée sur papier, enfin, sur papier… Disons que l’idée semblait bonne, au départ. En plus d’être une bonne occasion de parler d’araignées, de venin, etc. Mais avoir une idée n’est évidemment pas la seule chose qui soit nécessaire: il faut aussi pouvoir la réaliser dans un contexte logique, avec une mise en place efficace. Et hélas, ici, la chose est trop laborieuse pour son propre bien. C’est dommage!





