L’amour de soi est souvent sous-estimé, voire négligé au profit de l’amour de l’autre. De plus en plus de gens tentent de renverser la situation après des vies d’effacement de soi. C’est exactement ce que fait Anne-Marie, la protagoniste du livre Oui, je me veux!, de Marcia Pilote.
Pour son 55e anniversaire, Anne-Marie organise une célébration particulière: elle convie ses proches à son mariage avec elle-même. Au cours de cette cérémonie, elle prend 55 engagements envers elle-même pour l’aider à reprendre le contrôle sur sa vie qu’elle a consacré aux autres. Chaque promesse correspond ainsi à un chapitre du livre.
Après plusieurs épreuves, telles que l’absence de son père, une relation toxique avec sa mère, le décès de plusieurs proches, une séparation, etc., Anne-Marie plonge dans un processus d’introspection qui l’amène à voir la vie sous un autre angle. Ce mariage avec elle-même marque une nouvelle étape de son existence: commencer à vivre pour elle-même.
Parmi les nombreuses promesses que la protagoniste décide de se faire, elle s’engage à vouloir d’elle-même. Le titre lui-même de ce chapitre a un très fort impact. Pour expliquer cette promesse, la protagoniste raconte un dialogue intérieur qu’elle a vécu.
Durant celui-ci, elle a pris conscience que pour s’aimer, il fallait arrêter d’être si exigeant avec soi-même et que, si elle n’était pas capable de s’aimer et d’être indulgente envers sa propre personne, elle ne pouvait pas s’attendre à ce que quelqu’un d’autre y arrive.
Pour Anne-Marie, il aura fallu attendre un creux émotionnel, à l’âge de 55 ans pour le comprendre. Pourtant, un lecteur d’une vingtaine d’années peut se sentir tout aussi concerné.
« J’ai longtemps eu peur de moi »
La toute première phrase du chapitre en question est: « J’ai longtemps eu peur de moi. » Cette courte déclaration évoque beaucoup de choses, comme cette crainte de l’introspection à cause de ce qu’on peut y trouver et cette peur de découvrir que l’on est une moins bonne personne que ce que l’on croit.
Pourtant, selon Anne-Marie, c’est par-là qu’il faut passer pour apprendre à s’aimer et se désirer. Ce chapitre pousse le lecteur à réfléchir sur sa perception de soi et des autres.
Ce désir d’apprendre à s’aimer et se pardonner ses défauts résonne avec un autre engagement que prend Anne-Marie: s’engager à laisser aller les choses.
Elle explique ainsi qu’un matin, alors qu’elle était épuisée et à bout de nerfs, elle a vu apparaître un message sur le miroir de la salle de bain: lâcher prise. Dès qu’elle a décidé de suivre ce conseil, elle a ressenti une énorme paix intérieure et un grand calme.
Cette promesse est illustrée par une image de la protagoniste nue devant le miroir de sa salle de bain. Peu importe
l’âge ou le genre, l’apprentissage du lâcher-prise est important; c’est souvent ce qui permet de préserver sa santé mentale.
Nous vivons dans un monde où le rythme de vie est de plus en plus effréné; un monde où l’on nous pousse à faire le plus possible de choses pour avoir une vie accomplie.
Comme il y en a beaucoup, cela nous force à aller plus vite. C’est ainsi que plusieurs personnes se retrouvent dans des situations de détresse psychologique. Apprendre à lâcher prise n’est pas une preuve de faiblesse, mais de maturité. C’est accepter qu’on ne puisse pas tout faire et préserver sa santé physique et mentale pour revenir en force.
S’accepter et s’aimer malgré ses imperfections et préserver sa santé amène Anne-Marie à s’engager à honorer son corps. Dans le livre, elle remercie son corps pour tout ce que celui-ci lui a permis de faire comme porter ses enfants.
Elle s’excuse aussi auprès de lui pour l’avoir souvent dénigré et s’engage à l’accepter et à en prendre soin.
Écrit en vers, contrairement aux autres, ce chapitre rappelle à quel point un corps imparfait est aussi beau que n’importe quel autre. L’utilisation du poème pour décrire cette relation conflictuelle renforce l’impact du propos.
Il est essentiel d’apprendre à accepter son corps ses défauts et particularités corporels, mais ce n’est pas toujours facile à faire, peu importe son âge. C’est vrai lorsqu’on vieillit et qu’on s’ennuie du corps que l’on avait dans notre jeunesse. C’est également vrai lorsqu’on est encore jeune, que l’on se cherche et que notre miroir est le regard des
autres.
Mais on oublie souvent que, la plupart du temps, l’œil d’autrui est un miroir déformant. Dans ce chapitre, Marcia Pilote rappelle qu’être cruel avec son corps, c’est se saboter l’esprit.
La sologamie, un phénomène controversé
Anne-Marie choisit un chemin appelé la sologamie. Contrairement à l’idée reçue, la sologamie (ou automariage) ne signifie pas se fermer la porte à toute vie sentimentale, mais reconnaître que son bonheur ne peut pas dépendre des autres.
Notre héroïne est un personnage de fiction, mais plusieurs femmes bien réelles ont fait le même choix
qu’elle. Par exemple, l’Américaine Sophie Tanner s’est autoépousé en 2015 et a publié une autofiction inspirée de son histoire en 2019: Reader, I married me. Elle n’est pas la seule; après tout, la sologamie est un phénomène social à part entière qui a ses adhérents, mais aussi ses opposants.





