Tom Hanks à la protection de l’Amérique de demain avec News of the World

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Il n’y a pas grand-chose qui arrête Tom Hanks et le convenu, mais engageant et souvent très joli News of the World le prouve à nouveau alors que ce Forrest Gump vieillissant parcourt kilomètres et obstacles pour nous attendrir. Pari réussi pour ce long-métrage qui nous a à l’usure, nous laissant avec un sentiment emballant. Pour ceux ayant raté ce nommé à la prochaine cérémonie des Oscars, il arrive finalement en DVD.

Toujours près de sa cadence habituelle qui sait habilement tirer profit du suspense qui survient quand on s’y attend le moins dans la vie quotidienne, le cinéaste Paul Greengrass renoue avec Tom Hanks pour lui donner à nouveau la chance d’être le héros improvisé dont on a besoin. Sauf que loin de la brutalité saisissante de son Captain Phillips, il s’intéresse cette fois à la beauté du monde qu’il faut scruter et déterrer au passage dans une Amérique qui cherche encore à se définir et à se reconstruire.

Il faut donc passer au travers d’un long préambule qui perd peut-être un peu trop de temps pour nous mener au cœur du film : l’amitié qui liera Captain Kidd à une jeune fille perdue qu’il tentera de ramener vers un lieu plus sûr. Sauf que dans le Far West, rien n’est très sûr et il réalisera qu’il est peut-être la seule personne capable de sauver ce qu’il reste d’espoir dans un monde qui pourrait tomber davantage en perdition à chaque instant. Difficile, d’ailleurs, de ne pas repenser à Road to Perdition.

Ce rôle, Hanks le connaît à merveille et pratiquement par cœur. Malgré tout, il trouve le moyen d’y ajouter une nouvelle couche de profondeur et son expérience et l’avantage de l’âge permet au film de se complexifier, alors que ce western poussiéreux lorgne toujours davantage vers des élans crépusculaires, empêchant le film d’être un simple film d’action ou d’aventure banal et sans âme. On gardera quand même en tête cette saisissante poursuite se terminant comme on le devine en « last man standing ».

Certes, Greengrass a fait son succès avec sa populaire franchise des Jason Bourne et s’il a tenté de manière désolante une approche plus réfléchie avec le dernier volet de la saga, c’est définitivement ici qu’il trouve sa proposition la plus convaincante depuis un bon moment. Bien sûr, il a toujours eu un intérêt marqué pour des causes sociales ou même pour l’histoire avec un grand « H », mais son adaptation du roman de Paulette Jiles, moins de cinq ans après sa publication, dont il a co-écrit le scénario avec Luke Davis (qui a trop souvent la mauvaise habitude de surexpliquer et appuyer les faits), fait une belle part des choses avec une impeccable reconstitution d’époque.

Ce n’est pas pour rien que les quatre nominations aux Oscars pour ce film sont purement techniques. Si l’on oublie quelques horribles plans de drones (il faut vraiment arrêter), la direction photo de Dariusz Wolski, collaborateur régulier de Ridley Scott, offre de magnifiques panoramas tout comme une utilisation judicieuse des éclairages (un changement définitivement bien accueilli de la caméra habituellement très mouvante de celui qui nous a donné le stressant United 93) alors que plusieurs collaborateurs de nul autre que Paul Thomas Anderson comme David Crank ou Mark Bridges ajoutent beaucoup à la beauté indéniable de la production.

La pochette du coffret

La pochette du coffret

Malheureusement, le scénario bat de l’aile. Le rythme lancinant prend un moment avant de nous impliquer puisque comme dit précédemment on nous apporte le plat de résistance dont on a déjà connaissance ou qu’on devine aisément que seulement près de vingt minutes après le commencement, alors que quelques invraisemblances semblent continuellement arrangées avec le gars des vues.

De par l’aspect vieillissant du protagoniste et sa filiation par adoption à cette jeunesse importée et arrachée à plus d’une reprise à ses racines et son passé, on y devine rapidement toute la métaphore qu’on essaie d’y pondre et on l’a surtout fait avec plus de doigté dans l’inoubliable Hostiles, d’il y a quelques années. Il n’en demeure pas moins que l’authenticité qui se dégage de l’ensemble nous prend régulièrement aux tripes parce que la complicité de Hanks avec la très jeune et naturelle jeune actrice allemande Helena Zengel est régulièrement désarmante. Surtout que côté distribution, tout repose sur ces deux-là, puisque la majorité de leurs partenaires sont moins connus ou peu présents, comme Elizabeth Marvel et le toujours sous-utilisé, mais pourtant génial Bill Camp.

Il y aussi toute la question subtilement journalistique quoique malheureusement pas assez développée où non seulement le protagoniste s’intéresse et s’ouvre aux nouvelles du monde tout en s’assurant de les relayer au pays en entier. Une prémisse intelligente et plus inédite qui aurait mérité un peu plus d’importance dans l’ensemble.

Riche en suppléments, cette édition compte une dizaine de scènes supprimées allant de quelques secondes à quelques minutes et qui totalisent un bon dix minutes, sauf que l’intérêt y est moindre pour un film qui apparaissait déjà un peu longuet. On y trouve également plusieurs segments sur la production, comme des segments types d’environ sept minutes sur le genre du film et comment il y correspond ou sur les interprètes principaux et comment ils ont de l’admiration l’un pour l’autre. Un dix minutes sur la production creuse un peu plus et se rapproche beaucoup d’un véritable making of avec quelques secrets des coulisses comme les difficultés de tourner à l’extérieur et non en studios ou même de l’apport du compositeur James Newton Howard pour enrichir l’univers via de très jolies compositions. Ironiquement, le plus court segment d’une durée d’environ quatre minutes est celui voulant s’intéresser à la culture du peuple des Kiowas que le film frôle au passage.

On aurait également préféré une piste audio de commentaires sous forme de discussion puisque le cinéaste Paul Greengrass lorsque laissé à lui-même est loin d’être le plus intéressant à écouter. Surtout considérant qu’il ne nous apprend pas grand-chose à la fois sur le film ou même sa création ou production.

Voilà donc un beau film classique avec juste assez d’éléments actuels pour faire de ce récit d’hier un fragment pertinent dans le monde d’aujourd’hui. Un film imparfait qui sait néanmoins quelles sont ses plus grandes forces tout en sachant les utiliser intelligemment pour nous conquérir et le temps d’un instant nous satisfaire.

News of the World ou La mission en version française sera disponible en DVD et en combo blu-ray et DVD via Universal Pictures ce mardi 23 mars.

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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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