Seuls, tome 12: une révolution à hauteur d’enfants

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Décrivant le début d’un soulèvement populaire qui menace de bouleverser à jamais l’ordre établi dans le monde des limbes, Les révoltés de Néosalem, le douzième et plus récent tome de Seuls, comblera les fidèles de cette série jeunesse exceptionnelle.

Axée autour d’un groupe de cinq jeunes (Yvan, Leïla, Camille, Terry et Dodji) qui se réveillent un beau jour dans une ville où tous les habitants ont mystérieusement disparus sans laisser de traces et doivent désormais se débrouiller par eux-mêmes afin de survivre dans un monde rempli de dangers et de phénomènes inexpliqués, la série Seuls a énormément évoluée depuis ses tout débuts en 2006. La révélation du cinquième tome par exemple, où ils ont appris qu’ils étaient tous décédés et se trouvaient dans les limbes, là où vont les âmes des enfants morts de manière particulièrement tragique, a apporté un éclairage bien différent à leurs aventures.

Depuis, le groupe a été emmené de force à Néosalem, une cité habitée par des centaines de jeunes provenant de toutes les périodes de l’Histoire, a dû participer à différentes épreuves dans l’arène afin de déterminer à laquelle des quinze familles se partageant le monde des limbes ils appartiennent, et pour la première fois, les inséparables amis se sont retrouvés isolés chacun de leur côté. Dodji est prisonnier du Maître-Fou, Yvan est assiégé par des enfants zombies dans un petit village côtier, Terry écume la campagne en compagnie du Maître des couteaux, Leïla est enfermée dans la Chambre Blanche, et tout semble indiquer que Camille est l’élue du Mal.

La couverture de l’album

Le douzième et plus récent tome de Seuls délaisse un peu Yvan, Camille, Terry et Dodji pour se concentrer principalement sur Leïla. Alors que le conseil des sages commence à douter de la légitimité de Saul, l’empereur de Néosalem, ce dernier décide d’affirmer son règne en marquant les membres de la huitième famille au fer rouge, et en soumettant ses sujets à des épreuves particulièrement cruelles, où les perdants sont mis à mort. Forcée de prendre part à ces jeux barbares, Leïla tentera de libérer la caste des enfants maintenus en esclavage, et même si la guerre des limbes semble de plus en plus imminente, la colère grandira au sein de la population, au point de menacer l’ordre établi depuis des millénaires.

Les œuvres s’adressant à un jeune public sont parfois aseptisées, et évitent de traiter de sujets sérieux, comme les excès du pouvoir, les classes sociales, la violence du monde dans lequel nous vivons ou la mort, et c’est sans doute ce qui explique la longévité, et l’immense succès, remporté par la série Seuls. Plutôt que de traiter les adolescents et les jeunes adultes en bébés, la bande dessinée de Fabien Vehlmann et Bruno Gazzotti leur propose un univers fort intéressant, à mi-chemin entre Lord of the Flies et Lost, et une épopée contenant beaucoup d’action, une touche de fantastique, et même d’horreur. Le résultat est l’une de ces rares séries jeunesse dont l’intrigue est tellement prenante que même les adultes en apprécieront la lecture.

Une page de l’album

Caractéristiques de l’école franco-belge, les dessins de Bruno Gazzotti sont à la fois accessibles, colorés, et très agréables à l’œil. D’un trait souple, l’artiste parvient à créer un ensemble cohérent, tout en mélangeant des influences de diverses époques pour donner vie à son monde des limbes, comme son arène digne de la Rome antique où des écrans géants diffusent l’action en simultané. Gazzotti trouve également la balance parfaite pour illustrer la violence dans une forme juste assez explicite pour convenir aux jeunes sans les infantiliser, et il livre des scènes particulièrement intenses dans Les révoltés de Néosalem, grâce à ses épreuves aussi mortelles qu’inventives, dont une version de colin-maillard où des mitraillettes sont ajoutées au jeu, ou un derby avec un pauvre bébé en guise de balle.

Ajoutant une dimension un peu plus politique au récit sans sacrifier l’action pour autant, Les révoltés de Néosalem vient confirmer une fois de plus que la série Seuls trône au sommet des meilleures bandes dessinées jeunesse présentement sur les tablettes.

Seuls, tome 12 : Les révoltés de Néosalem, de Bruno Gazzotti et Fabien Vehlmann. Publié aux éditions Dupuis, 48 pages.

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À propos du journaliste

Patrick Robert

Cinéma, musique, jeux vidéo ou bandes-dessinées, Patrick partage sa passion pour la culture populaire depuis plusieurs années à travers les critiques, les entrevues, ou les textes d’actualité qu’il signe pour de nombreux médias, parmi lesquels le blogue de Ztélé, La Vitrine, Le Coin du DVD, et évidemment, Pieuvre.ca.

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