La renommée d’Agatha Christie, surnommée la « Reine du crime », dépasse largement l’Angleterre, mais ceux et celles qui doutaient de sa portée internationale (et intemporelle) changeront d’avis en lisant l’adaptation de son roman A.B.C. contre Poirot effectuée par le scénariste et dessinateur japonais Uzuki.
En juin 1935, le célèbre détective Hercule Poirot a pris sa retraite depuis déjà quelques années, mais dans le but d’entretenir ses cellules grises, il collabore toujours à l’occasion avec Scotland Yard sur des affaires intéressantes qu’il considère comme « la crème des crimes ». Alors que son ami, le capitaine Hastings, a quitté son ranch d’Amérique du Sud pour lui rendre visite à Londres, il reçoit une lettre anonyme d’un énigmatique correspondant signant simplement ABC qui lui lance un défi: résoudre une affaire criminelle trop complexe pour la police britannique bornée, qui aura lieu le 21 du mois courant dans la ville d’Andover.
Assumant qu’il s’agit d’un farceur, Poirot n’y prête pas trop attention, mais le 22, la police d’Andover l’informe du meurtre d’Alice Ascher, la propriétaire d’un bureau de tabac. Un guide d’horaire de trains ABC retrouvé sur le comptoir constitue le seul indice. Le détective reçoit alors une seconde lettre, annonçant un autre crime le 25 à Bexhill-on-Sea, puis une troisième le 30 à Churston. Les victimes cette fois-ci sont une dame du nom de Elizabeth Barnard, puis un certain Carmichael Clarke. Tout semble annoncer que le détective est confronté à un tueur en série choisissant ses victimes en ordre alphabétique. Parviendra-t-il à stopper ce fou?

Avec A.B.C. contre Poirot, Uzuki s’attaque à l’une des enquêtes les plus célèbres d’Agatha Christie publiée en 1936. Il s’agit d’une intrigue policière classique, avec des interrogatoires de témoins, l’élimination progressive des suspects, et des révélations fracassantes, mais l’une des particularités du récit est sa représentation d’Hercule Poirot. Malgré sa perspicacité et son sens de la déduction, le détective belge n’est pas présenté ici comme une machine infaillible capable de résoudre chaque problème rapidement. Au contraire, l’affaire le place dans une situation inhabituelle, où il reçoit les informations avant que les crimes ne soient commis, mais ne parvient pas à les empêcher.

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Assez fidèle au roman original, cette adaptation de A.B.C. contre Poirot ne cherche pas à moderniser l’histoire. Elle ne transpose pas l’action à l’ère moderne et ne tente pas de diminuer le sexisme ambiant de l’époque dans les dialogues, comme lorsque l’inspecteur Glen déclare : « Je ne pense pas que ce soit dans la pensée d’une femme de perpétrer un tel crime ». Puisqu’il s’agit du premier tome d’une série prévue en trois volumes, le livre installe surtout les personnages sans présenter de conclusion, mais l’intérêt du manga repose sur la logique criminelle, les comportements humains, et la capacité du détective à interpréter les détails.

Les dessins en noir et blanc de Uzuki dans A.B.C. contre Poirot sont typiques du travail graphique des mangakas, et l’artiste utilise les nuances de gris afin de donner du relief à ses images. Le trait est globalement lisible et efficace. Les personnages sont facilement reconnaissables dans les scènes simples, tandis que les environnements sont parfois traités avec davantage de soin. Puisque la narration du récit passe principalement par les dialogues, il y a beaucoup de têtes parlantes dans les cases. Le livre se lit comme un manga traditionnel, de droite à gauche, mais contrairement à ce genre de publication, il est imprimé sur des feuilles de bonne qualité, et non pas un papier journal mince salissant les doigts. L’édition compte également une jaquette couleur.
Avec sa relecture visuelle d’un classique d’Agatha Christie, ce premier volume de A.B.C. contre Poirot propose une adaptation solide et accessible, qui réussit à rendre attrayante une enquête dont le principe demeure toujours remarquablement efficace près d’un siècle après sa création.
A.B.C. contre Poirot : Tome 01, de Uzuki (d’après le roman d’Agatha Christie). Publié aux éditions Paquet, 224 pages.





