La ballade du désespoir de Let Him Go

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Il y a énormément de beauté (et de douleur) dans le suspense dramatique mélancolique qu’est Let Him Go, adapté du roman du même nom de Larry Watson, renommé un peu trop littéralement Laisse-le partir dans sa version française au Québec. Majoritairement relevé par le soin de qualité supérieur à sa production et ses détails techniques, disons que le film pourra en ralentir plus d’un de par son rythme lancinant et certains détails moins convaincants de son récit. N’empêche, voilà un long-métrage qui à défaut de ne pas dévoiler ses belles images en salles sombres, se laissera agréablement regarder dans son salon.

Voilà un changement de cap pour le moins surprenant de la part du cinéaste Thomas Bezucha, qui a choisi sa première proposition dramatique comme premier film près d’une décennie après la comédie romantique adolescente qu’était Monte Carlo. Habitué des films définitivement plus légers, il continue de développer ses mêlées familiales avec une sobriété que son amusant, mais cacophonique The Family Stone ne reconnaîtrait sûrement pas.

À la blague, on pourrait dire que le film est probablement le plus près qu’on aura jamais d’un film entièrement dédié aux personnages de Jonathan et Martha Kent, les parents « humains » de Clark Kent, alias Superman. En effet, la dernière fois qu’on a réuni les imposants Kevin Costner et Diane Lane, c’était pour jouer ces personnages de bande dessinée emblématiques dans Man of Steel et les films subséquents.

Heureusement, le long-métrage s’avère plus réussi que la large majorité des productions de DC Comics et la chimie de ces deux interprètes de talent continue de faire des étincelles et de briller dans cette représentation vieillissante du couple typique de l’ouest rural. Mieux, ce projet produit par Costner lui-même, sans nécessairement donner dans le film purement féministe, préfère donner la part plus large à son partenaire féminin qui devient rapidement la protagoniste principale, celle menée et propulsée par une quête définitive que rien ne pourra arrêter. Son antagoniste est d’ailleurs également féminin et le canevas similaire au film de vengeance.

On y raconte l’histoire d’un couple ayant perdu leur seul enfant et qui décide de partir à la recherche de leur petit-fils, seul lien familial qui leur reste encore, décidé à le ramener avec eux lorsque celui disparaît avec sa mère et son beau-père.

Sauf que le film ne se complaît pas dans un genre ou un autre et Bezucha n’a certainement pas la touche d’un James Mangold par exemple, incapable de purement embrasser ses aspirations crépusculaires et divaguant avec un peu trop d’errance d’un désir à un autre. Peut-être parce qu’il ne veut pas être catégorisé de drame, de western ou de suspense, mais en réussissant à ne jamais être entièrement l’un ou l’autre, il se perd aussi ici et là en cours de route, tout en conservant néanmoins notre intérêt durant sa totalité de près de deux heures. Sauf que ce désir évident de flirter finalement avec les films susceptibles d’intéresser les cérémonies de prix est quand même loin d’atteindre cette aspiration plutôt fantasque.

La pochette du coffret

La pochette du coffret

Magnifiquement mis en images par le directeur photo canadien Guy Godfree, principalement lorsque les larges panoramas de l’Ouest se mêlent à l’ensemble ou que les sources lumineuses sont toujours judicieusement utilisées, on regrette que cette nouvelle collaboration avec le compositeur Michael Giacchino ne s’avère pas plus inspirée. En effet, il est surprenant de réaliser qu’après tout ce temps c’est la première fois que ce dernier s’approche carrément du western après en avoir titillé des inspirations ici et là, mais si on reconnaît sa touche délicate notamment dans les moments plus mélodramatiques et sensibles, sa musique ne sort jamais trop du lot.

Pour le reste, les acteurs s’en sortent sans trop de mal. Bien sûr, tout est fait pour ne jamais faire ombrage aux deux grandes vedettes principales et même la brillante Lesley Manville arrive à faire pâle figure à leurs côtés (on la préfère quand elle n’a pas à cacher son accent britannique), mais n’en déplaise à la dévotion de Diane Lane, il est un peu difficile de croire entièrement à la quête de son personnage tellement elle paraît principalement comme étant entêtée et plutôt égocentrique, voire égoïste malgré ses bonnes intentions.

Les suppléments s’avèrent modestes avec trois segments de coulisses et de création allant d’une durée de trois à six minutes, dont un making of (assez superficiel), un se concentrant sur ses deux acteurs principaux et un sur son réalisateur. Si les propos des intervenants s’avèrent certainement exagérés (obligation promotionnelle on suppose, surtout quand on entend: « Tout était si réaliste, je n’avais plus l’impression de tourner un film, mais d’être dans la vraie vie ») on est beaucoup plus fascinés d’en apprendre davantage sur le soin qu’on a apporté à la reconstitution d’époque tout comme à la création des lieux de tournage, incluant la construction en totalité de la maison du clan Weboy.

Let Him Go est donc loin de transcender quoique ce soit, mais il demeure un drame fait avec attention et avec assez d’éléments notables pour en justifier l’écoute.

6/10

Let Him Go est disponible en DVD et combo Blu-ray et DVD via Universal Pictures dès ce mardi 2 février.

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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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