Tout Mafalda, et plus encore

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Quino, le plus célèbre des bédéistes argentins aux côtés de Mordillo, nous a malheureusement quittés en septembre dernier, mais quelle meilleure façon de célébrer son riche héritage qu’avec une intégrale de Mafalda?

J’ai toujours eu un énorme faible pour Mafalda. Comment ne pas succomber aux charmes de cette fillette de six ans aimant les Beatles, les droits de l’homme et la démocratie autant qu’elle déteste la guerre, l’injustice, et surtout, la soupe, sans oublier ses amis, parmi lesquels Felipe, un garçon angoissé raffolant de bandes dessinées, Susanita, une bourgeoise snob ne pensant qu’au mariage, le très terre-à-terre Miguelito, Liberté, une révolutionnaire en herbe, ou Manolito, qui a déjà l’âme d’un commerçant et passe son temps à faire de la réclame pour la boutique de son père? Entre 1964, année où la série a vu le jour, et 1973, moment où elle a pris fin, Joaquín Salvador Lavado Tejón, mieux connu sous le pseudonyme de Quino, a pondu plus de 1900 « strips » mettant en vedette la sympathique bande, et on peut tous les retrouver dans Mafalda – Intégrale, une splendide brique de près de 700 pages.

La couverture de l’album

Bien que la série mette en vedette un groupe d’enfants, Mafalda aborde des questions foncièrement adultes. Péril jaune, bureaucratie, communisme, syndicats, surpopulation, pauvreté, pollution, éducation, impôts ou condition de la femme, aucun sujet n’est tabou pour ces jeunes questionnant le monde qui les entoure avec dérision et philosophie. Quino maîtrise l’art de raconter une histoire en trois ou quatre cases seulement, et ses dialogues sont vraiment savoureux. Dans un strip, la mère de Mafalda demande aux enfants à quoi ils jouent. Ceux-ci répondent « Au gouvernement », et quand elle leur demande de ne pas faire de bêtises, ces derniers rétorquent « T’inquiète pas, on ne va absolument rien faire ». Plus humaniste que politique, la bande dessinée touche, pousse à la réflexion, et provoque souvent les éclats de rire, grâce à un humour indémodable faisant encore mouche aujourd’hui.

Cette intégrale s’ouvre sur une biographie de Quino d’une quarantaine de pages où l’on apprend, entre autres, les débuts commerciaux de la série, ce qui est plutôt ironique pour une héroïne aussi contestataire. La fillette est en effet née lorsqu’une agence de publicité approcha l’artiste pour créer une bande dessinée, qui serait un mélange de Peanuts et de Blondie, et dont les noms des protagonistes principaux commenceraient par la lettre « M » afin de faire la promotion des électroménagers de marque Mansfield. Quand Quino sera engagé plus tard par le journal El Mundo, il reprendra le personnage, et décidera d’aborder l’actualité à travers le regard de la jeune fille. On connaît la suite. En plus d’un succès mondial et de traductions dans une vingtaine de langues, Mafalda aura même droit à un album en braille, un exploit assez rare pour une héroïne de bandes dessinées!

Une page de l’album

Contrairement à l’édition parue pour le cinquantième anniversaire, cette nouvelle Intégrale n’est pas seulement imprimée en noir et blanc, et plusieurs illustrations s’ornent aussi de rouge. En plus des 1929 strips « officiels », l’album contient aussi des inédits, que l’auteur n’avait jamais publié auparavant parce qu’il les trouvait trop liés à l’actualité, et qui sont accompagnés d’un court texte explicatif expliquant le contexte qui les a inspirés. On y retrouve aussi une présentation des personnages, une interview fictive avec Mafalda, des vignettes, plusieurs illustrations effectuées après la fin de la série, comme celles pour la campagne de l’ONU célébrant l’Année internationale de l’enfant en 1979 ou pour le ministère espagnol de l’Éducation et de la Science, des cartes postales, des affiches, et même des hommages rendus au personnage par d’autres artistes, comme Fred, Plantu ou Wolinski.

Rassemblant tous les strips de Mafalda, et même certains inédits n’ayant jamais été publiés auparavant, cette Intégrale est un véritable petit trésor que l’on déguste avec beaucoup de plaisir, et comme il est disponible pour une cinquantaine de dollars à peine (ce qui est très abordable pour un album aussi massif), les amateurs de Quino n’ont aucune raison de se priver.

Mafalda – Intégrale de Quino. Publié aux éditions Glénat, 696 pages.

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À propos du journaliste

Patrick Robert

Cinéma, musique, jeux vidéo ou bandes-dessinées, Patrick partage sa passion pour la culture populaire depuis plusieurs années à travers les critiques, les entrevues, ou les textes d’actualité qu’il signe pour de nombreux médias, parmi lesquels le blogue de Ztélé, La Vitrine, Le Coin du DVD, et évidemment, Pieuvre.ca.

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