La pandémie et ses impacts surprenants sur le transport collectif

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Il n’y a pas qu’au Québec où la COVID-19 a profondément transformé l’utilisation des services de transport collectif: une nouvelle étude révèle que l’impact de la pandémie est aussi franchement surprenant aux États-Unis.

Si la demande pour l’autobus, le train, le métro et les autres services de transport collectif a chuté d’environ 73% à travers le pays de l’Oncle Sam après l’éclatement de la pandémie, cette diminution ne s’est pas produite de façon égale dans l’ensemble des villes américaines, précise l’étude, qui a analysé les données provenant d’une application de déplacements particulièrement populaire.

Dans les grandes villes côtières comme Seattle, San Francisco et Washington, la demande a davantage diminué que dans les villes du Midwest et du sud des États-Unis. Cela s’explique par la nature des emplois dans les différentes villes, et qui utilisait concrètement le transport en commun avant l’éclatement de la crise sanitaire, affirme Luyu Liu principale autrice de l’étude, et étudiante au doctorat en géographie à l’Université d’État de l’Ohio.

« Plusieurs personnes qui utilisaient le transport collectif dans les grandes villes côtières pouvaient travailler de chez eux après l’éclatement de la pandémie », dit-elle.

« Mais dans des villes du Midwest et du Sud profond, la plupart des passagers occupent des emplois où ils doivent quand même se rendre au travail, et n’ont pas d’autre choix. »

Le coauteur de l’étude, le professeur de géographie Harvey Miller, souligne que ceux qui ont été appelés « travailleurs essentiels » sont les principaux utilisateurs des transports collectifs dans ces villes généralement décrites comme ne dépendant pas des grands réseaux de transport.

« Ce sont les gens qui travaillent en santé, ceux qui occupent des postes dans divers services, à l’épicerie… Ceux qui nettoient et entretiennent les bâtiments », dit M. Miller.

« C’est une histoire dramatique d’équité sociale à propos de ceux qui doivent se déplacer durant la pandémie. »

Les travaux ont été publiés dans le magazine scientifique PLOS ONE.

En raison de la difficulté à obtenir des données à l’échelle nationale sur l’utilisation des transports collectifs, les chercheurs ont adopté une autre approche. Ils ont recueilli des données sur l’activité des utilisateurs de Transit, une application mobile particulièrement populaire, qui offre des données en temps réel sur les services de transport collectif, en plus de permettre de planifier un itinéraire.

Les scientifiques ont utilisé des données à propos de 113 réseaux de transport régionaux répartis dans 63 zones métropolitaines et 28 États à travers les États-Unis. Les informations ont été recueillies entre le 15 février, avant l’imposition de confinements à grande échelle, et jusqu’au 17 mai.

Au total, la demande a chuté de 73% après l’éclatement de la pandémie. Mais plusieurs facteurs sont liés aux villes ayant enregistré des baisses plus ou moins marquées.

Le plus grand facteur est l’appartenance ethnique. Plus il y a de Noirs dans une ville, moins la demande pour le transport collectif y a diminué.

Une vaste proportion de ces passagers noirs sont des femmes. Selon un rapport fourni par l’application, plus de 70% des passagers noirs, en début de pandémie, étaient en fait des passagères.

Le type d’emploi a aussi joué: moins les gens occupent un travail manuel dans une ville, et plus la demande pour le transport collectif y a baissé.

« Les gens qui pouvaient travailler de la maison ont évité les transports en commun », a souligné Mme Liu. « Mais ceux pour qui cela était impossible ont continué de l’emprunter. »

Une grande part des gens occupant des emplois manuels et qui ont continué de prendre le transport collectif étaient hispaniques, révèle encore l’étude. Cela correspond au fait, démontré par les statistiques, que la population hispanique, aux États-Unis, occupe la plus faible par de postes de gestion et liés aux professions libérales (22%), comparativement aux Blancs (41%), aux Noirs (31%) et aux Asiatiques (54%), selon des données de 2018.

Par ailleurs, les communautés comportant une plus grande proportion de gens âgés de plus de 45 ans ont aussi enregistré une plus grande demande pour le transport collectif.

Enfin, les villes où les demandes pour le mot « coronavirus », dans l’engin de recherche de Google, ont été les plus importantes, au début de la pandémie, ont enregistré une plus forte baisse d’achalandage dans les transports publics.

La fin des heures de pointe

Avec le confinement et le travail à domicile, les heures de pointe sont devenues chose du passé. « Dans certaines villes, il n’y avait même plus de pointe d’utilisation, que ce soit le matin ou l’après-midi. Et les jours de semaine et de fin de semaine ont commencé à se ressembler, en termes de demande », a souligné M. Miller.

« La plupart des travailleurs essentiels n’ont pas des horaires traditionnels de 9 à 17h. Leur travail doit être accompli à toute heure du jour, sept jours par semaine. »

Le fait, pour ces travailleurs à faible revenu, de s’appuyer sur les transports collectifs, est probablement encore plus marqué que ce que ne l’indique l’étude, selon les chercheurs. Puisque les données utilisées proviennent de l’application Transit, elles ne tiennent pas compte des gens qui n’ont pas les moyens d’acheter un téléphone intelligent ou ceux qui n’utilisent pas l’application.

Selon les chercheurs, toujours, l’étude révèle à quel point le transport collectif est essentiel en milieu urbain, même dans les villes où on n’imagine pas que ces réseaux sont importants.

« Les gens qui utilisent le transport en commun sont ceux qui doivent aller travailler même quand tout le reste est fermé. Ils n’ont pas le choix. Nous devons développer les réseaux de transport collectif pour ces gens », soutient M. Miller.

De son côté, Mme Liu juge que « le transport en commun ne devrait être considéré comme une entreprise. Il fait partie de notre filet social, qui est crucial pour épauler nos travailleurs essentiels ».

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Pieuvre.ca

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