Peninsula, des zombies qui s’ennuient dans votre salon

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Tous les univers cinématographiques ne méritent décidément pas d’être approfondis et on l’apprend souvent à la dure. C’est le cas de ce Peninsula, qui nous arrive en DVD après un court passage en salles sombres (et en IMAX notamment) dans le contexte pandémique ironiquement approprié, sorte de suite indépendante et dérivée du succès coréen Train to Busan qui ne s’avérait certainement pas aussi réussi qu’on avait semblé nous le vanter. Une chose demeure sûre, à côté de cette affreuse nouvelle proposition, c’était une grande œuvre.

Sympathique surprise dans un genre cinématographique (et télévisuel) de plus en plus saturé, Train to Busan (Busanhaeng) avait satisfait en mélangeant habilement les genres et en faisant preuve d’une certaine maîtrise rapidement entraînante. Elle bénéficiait aussi de la présence marquée du fort charismatique Ma Dong-Seok qui valait à lui seul l’écoute (et faisait rapidement ressortir les faiblesses du long-métrage lorsqu’il ne se trouvait plus à l’écran).

Alors que la majorité de l’équipe technique du premier volet revient à la charge, on semble s’être entêté à ne faire ressortir que les défauts du premier film et à ne pas du tout avoir compris ce qui en avait fait les forces.

Si le cinéaste Yeon Sang-Ho revient à la barre en plus de co-signer à nouveau le scénario (cette fois avec Yong-Jae Ryu), il prouve encore davantage que son passé dans le cinéma d’animation ne lui permet toujours pas de pleinement maîtriser l’univers dit « réel », s’en remettant beaucoup trop régulièrement à des effets spéciaux souvent discutables (particulièrement dans les plans d’ensemble) qui ressemblent bien plus à un jeu vidéo de qualité commerciale. On aurait cru que le directeur photo Hyung-Deok Lee se serait peut-être amélioré dans les quelques années d’écart entre les deux films, mais la démultiplication de scènes nocturnes cette fois semble lui avoir beaucoup nui.

Même la présence du monteur du film précédent Jinmo Yang, également nommé aux Oscars pour le mémorable Parasite (Gisaengchung) et collaborateur régulier du brillant Bong Joon-Ho, ne parvient pas à pimenter un peu le rythme de l’ensemble qui ne justifie jamais sa durée de près de deux heures. Certes on essaie encore de multiplier les personnages centraux et d’approfondir ici et là leurs histoires, mais littéralement aucun ne se montre d’un intérêt auquel on parvient un tant soit peu à s’intéresser.

L’idiotie généralisée de leurs actions s’ajoute sans mal aux nombreux clichés qui s’empilent et qu’on hait habituellement dans ce genre de films, notamment une finale mélodramatique dégoulinante qui surpasse avec surprise celle déjà envahissante du film précédent. Heureusement, on a fait appel au talentueux compositeur Mowg, fidèle collaborateur du très bon cinéaste Kim Jee-Woon, et qui a également fait récemment la musique de l’encensé Burning, un ajout notable qui permet au moins à nos oreilles de s’amuser un peu ici et là.

Pour le reste, on comprend rapidement les désirs du long-métrage tout comme on reconnaît facilement les nombreuses inspirations en réalisant tour à tour à quel point ils échouent lamentablement presque à chaque tentative. Que ce soit d’essayer de revenir à ce centre axé sur la famille (comme le premier avait aussi essayé), de mélanger l’humour (qui ne fonctionne jamais) et le drame au ton, en plus de se la jouer post-apocalyptique de type Mad Max (Fury Road surtout), poursuite de voitures en sus, on tente en vain de s’accrocher sur quelques rares bonnes idées simplement pour les voir se faire détruire à leur tour au passage.

On laisse donc plusieurs histoires se croiser et s’entrecroiser tout en se partageant la structure narrative parmi une bande de survivants qui aimeraient tout se sortir de leur misère. Après tout, on est quatre ans plus tard et les choses sont loin de s’être améliorées, même si les zombies (qu’on a finalement décidé d’appeler ainsi cette fois) sont en tout point pareils à ceux d’il y a quatre ans, autant dans leurs habiletés que leurs points faibles.

Il y avait certainement un intérêt dans ce camp propulsé par une démence grandissante, mais même l’arène singulière imaginée pour l’occasion ne parvient pas à valoir le coup d’œil, n’en déplaise à un petit plan séquence qui tombe rapidement à plat.

La pochette du coffret

La pochette du coffret

L’édition DVD propose quelques suppléments comme un Teaser Trailer et un Trailer qui ne méritent pas notre attention et quatre segments d’entrevues promotionnelles d’une durée de deux à quatre minutes environ, parlant tour à tour de la suite, de son action, de son réalisateur et de ses personnages. On trouve aussi un doublage anglophone qu’on déconseille fortement. Comme c’est le cas pour tous les films asiatiques doublés, les voix ne fonctionnent aucunement avec les bouches et, pire, détruisent à leur façon les dialogues, particulièrement si on les compare avec les sous-titres de départ. Déjà qu’on doit se farcir tous ses personnages qui parlent maladroitement anglais tout au long du film.

Enfin, difficile de croire que Peninsula, ce long-métrage non seulement quelconque, mais aussi souvent pénible et très rarement appréciable, soit passé à deux doigts d’être présenté au prestigieux festival de Cannes. On regrette aussi que ce soit celui-ci qui s’attire l’attention alors que la Corée du Sud avait également livré le beaucoup plus réussi et ingénieux The Odd Family: Zombie on Sale (Gimyohan Gajok, aussi connu sous le titre Zombie for Sale) l’an dernier. La curiosité demeure pour ceux qui ont apprécié le premier volet, mais pour les autres, on proposera de faire comme le protagoniste à de nombreuses reprises et de simplement passer son chemin. Sinon, si jamais vient l’idée de prolonger la série encore plus, espérons qu’ils s’assureront d’avoir les idées et le soin nécessaires pour mettre le tout à terme.

4/10

Train to Busan Presents Peninsula arrive en DVD, en combo Blu-ray 4K/Blu-ray et combo Blu-ray/DVD via Well Go USA le mardi 24 novembre.

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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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