Die! Die! Die!: un monde meilleur, un cadavre à la fois

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Violence extrême et vulgarité se conjuguent pour créer un récit d’espionnage international pas comme les autres dans Die! Die! Die!, la nouvelle bande dessinée de Robert Kirkman, le créateur de The Walking Dead.

Comme si le monde n’était pas déjà un endroit instable et dangereux, des individus sans scrupules s’appliquent à le rendre encore plus moche jour après jour par leurs actions. Heureusement, il existe une cabale secrète au sein du gouvernement américain, qui œuvre en dehors du système officiel et a recours à des assassinats ciblés de pédophiles, de trafiquants de drogue ou de terroristes, dans l’espoir de le rendre meilleur. Tirant les ficelles de cette puissante organisation, la sénatrice Connie Lipshitz se bat sans répit afin d’instaurer une utopie sur Terre où tous auraient droit à la paix et la prospérité, mais elle est à couteaux tirés avec son patron, un homme du nom de Barnaby Smith. Bien qu’ils travaillent supposément pour le bien commun, la guerre larvée que se livrent les deux rivaux au sein de ce conseil secret finira par avoir des conséquences funestes, au point de déstabiliser une puissance nucléaire, et d’emmener la planète au bord de l’annihilation.

La couverture de l’album

J’étais assez excité quand j’ai eu entre les mains Die! Die! Die!, la nouvelle bande dessinée de Robert Kirkman. Il faut dire que l’auteur est derrière plusieurs séries mémorables, parmi lesquelles Outcast, Invicible, Oblivion Song, et surtout The Walking Dead. Je dois avouer qu’au début, j’étais loin d’être convaincu par cette farce grotesque et dégoulinante d’hémoglobine, dont le langage ordurier sonne un peu ridicule une fois traduit, avec des répliques comme « Calme tes hormones, petite gourde » ou « Ça a chié dans le ventilo bien comme il faut », mais au fur de ma lecture, je me suis surpris à sourire de plus en plus souvent, et à apprécier ce récit, aussi déjanté que ses nombreux personnages, à commencer par ses quatre jumeaux asiatiques nommés John, Paul, George et Ringo, et qui, grâce à l’entraînement de leur tueur à gages de père, sont devenus les assassins les plus mortels et les plus efficaces du monde, sortes de « Beatles du meurtre ».

Un humour assez potache, et un peu con, traverse Die! Die! Die!. Femme à la sexualité débridée, la sénatrice Connie Lipshitz par exemple se fait faire un cunnilingus par un homme caché sous son bureau lors d’un meeting, et on peut voir Barnaby Smith manger des spaghettis bien assis sur la cuvette des toilettes dans une autre scène. Un gag récurrent veut qu’une suggestion post-hypnotique ait été implantée auprès de la population par le biais de l’émission pour enfants Sesame Street, et dès qu’un des agents secrets prononce les mots « tarte à la rhubarbe » à l’oreille d’une personne, cette dernière se met à se chier dessus spontanément. Sans vendre la mèche, au deux tiers du récit, le scénariste introduit un élément venu du champ gauche, qui détonne complètement dans le contexte d’une histoire d’espionnage et de complot politique, et montre bien à quel point Kirkman s’amuse et ne se prend pas au sérieux avec cette série.

Une page de l’album

Dans un style graphique typique des comics américains, Chris Burnham (qui a travaillé avec Grant Morrison sur la série Batman Incorporated), signe les illustrations de Die! Die! Die!. Si vous trouvez qu’il y a trop de violence dans les bandes dessinées, vous devriez absolument éviter cet album qui, dès les premières pages où un agent se fait trancher le nez, présente un carnage incessant de cervelles qui explosent, de pistolet enfoncé à travers la gorge comme un poignard, de genoux éclatant sous le choc des balles, ou de soldat garroté et empalé sur des barbelés, le tout dans une abondance de détails. Sans qu’il ait besoin de les nommer, on reconnaît immédiatement Dick Cheney ou Barack Obama sous le coup de crayon de Burnham, qui se permet aussi quelques scènes d’orgies dignes de Eyes Wide Shut. Ce tome 1 inclut les huit premiers numéros de la série, et se conclut par une galerie de couvertures.

Die! Die! Die! est sans doute la moins profonde des œuvres de Robert Kirkman et la série ne risque pas de connaître le succès de Walking Dead, mais si vous appréciez le second degré et que la violence gratuite ne vous rebute pas trop, vous prendrez plaisir à lire cette bande dessinée absolument délirante.

Die! Die! Die! Tome 1, de Robert Kirkman, Scott M. Gimple et Chris Burnham. Publié aux éditions Delcourt, 186 pages.


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À propos du journaliste

Patrick Robert

Cinéma, musique, jeux vidéo ou bandes-dessinées, Patrick partage sa passion pour la culture populaire depuis plusieurs années à travers les critiques, les entrevues, ou les textes d’actualité qu’il signe pour de nombreux médias, parmi lesquels le blogue de Ztélé, La Vitrine, Le Coin du DVD, et évidemment, Pieuvre.ca.

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