Littérature – Se racheter en faisant renaître le soleil

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Yan Lianke n’est pas le premier écrivain venu. Récipiendaire du Prix Franz Kafka, en 2014, pour l’ensemble de son œuvre, il en est à son onzième opus traduit et publié aux éditions Picquier. Ce dernier roman s’intitule La mort du soleil et paraît dans la traduction de Brigitte Guilbaud.

La couverture du roman

C’est une très sombre histoire que nous raconte YAN à travers la parole du jeune Niannian, son alter ego ou son émule, selon le point de vue. Ce garçon, âgé d’une dizaine d’années, serait quelque chose comme l’idiot du village. Mais il a lu tous les ouvrages de l’écrivain du même village et seulement ceux-là, car rien d’autre n’est accessible dans ce bourg éloigné. Ce que nous voyons à travers ce récit qu’il adresse aux esprits, au sommet d’une montagne, c’est un portrait de société qui pressent que les pires travers de l’être humain, ses côtés les plus sombres, sont susceptibles de ressurgir à la moindre occasion, au moindre dérèglement de ses habitudes.

C’est à travers une épidémie de somnambulisme que le drame se met en place. Chacun, s’il en a l’occasion, se livre sans retenue à ses fantasmes. Ça va d’offrir son corps comme une prostituée à assassiner son voisin parce qu’il nous a toujours méprisés. Les rébellions qui couvaient sous les braises éclatent au grand jour et certains souhaitent revenir aux façons de faire d’un régime passé alors que les pillards de tout acabit s’en donnent à cœur joie.

Le narrateur fait constamment référence à l’écrivain de son village qui n’est plus capable d’écrire et le nom de cet écrivain, n’est nul autre que celui de l’auteur. L’auteur use de cette formule avec doigté et jamais n’en abuse.

Dans tout ce chaos, le narrateur et ses parents, des commerçants qui font leur pain et leur beurre de l’industrie de la mort, se transformeront en héros. Puisqu’il semble le seul à se rendre compte de la gravité de la situation, le père du narrateur va prévenir les autorités, mais en vain. Sa femme et lui feront en sorte de guérir le plus de gens possible de leur somnambulisme pour, à la fin, tout tenter pour faire revenir le soleil qui a disparu trop longtemps, suspendant ainsi le temps, au point qu’on peut se demander s’il est éteint.

Tout est opposition dans cet ouvrage: la tradition fait face à la modernité, l’égoïsme à la solidarité, le savoir à l’ignorance, les ténèbres à la lumière, la violence à la compassion.

Le récit prend la forme d’un conte et l’auteur utilise les répétitions pour rappeler souvent à ses auditeurs les faits ou les caractères importants qui servent de balises à l’aventure.

La seule chose qui a gâché quelque peu mon plaisir, c’est un certain malaise, une certaine déception que j’ai ressentis en raison de la trop grande ressemblance avec le roman L’aveuglement de José Saramago.


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À propos du journaliste

Martin Prévost

Martin Prévost fréquente la scène culturelle montréalaise depuis plus de trente ans. À titre de chroniqueur culturel, il a collaboré au magazine Paraquad durant deux ans et il est un fidèle de Pieuvre.ca depuis ses débuts. Ses intérêts vont du design à la danse contemporaine en passant par les arts du cirque, la musique du monde, la littérature, le théâtre, les arts visuels et le cinéma. Musicien amateur, il consacre la plupart de ses interventions pour Pieuvre.ca à la musique classique, de la musique de chambre à l’opéra.

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