C’est au Monument National que, le 2 octobre, le Festival international de la littérature (FIL) a célébré le 80e anniversaire du classique québécois Bonheur d’occasion.
Publié en 1945, ce roman de Gabrielle Roy reste d’actualité et continue d’inspirer les artistes locaux d’aujourd’hui. Interprétée et mise en scène par Marie-Thérèse Fortin soutenue par Dominique Fortier, cette adaptation sous forme de spectacle-lecture affichait complet.
Résister ou embrasser le changement?
L’œuvre de Gabrielle Roy avait toute sa place dans la ligne directrice de la 32e édition du FIL: Résister.
Cette fresque dépeignant le quartier pauvre de Saint-Henri à Montréal met en scène plusieurs personnages coincés entre un potentiel renouveau de la société et les conséquences de la Seconde Guerre mondiale. Prisonniers des tourments de la tête, du cœur et du porte-monnaie, ils ne cherchent tous pourtant qu’une chose : le bonheur. La question pour eux est de savoir si ce bonheur viendra des promesses d’avenir meilleur et de progrès ou des valeurs traditionnelles et du rejet de la nouveauté.
« Être dans l’impression de Bonheur d’occasion pour donner envie d’y aller ou d’y retourner »
-Marie-Thérèse Fortin, interprète et metteuse en scène.
Lorsqu’elle a monté ce projet, il était important pour Marie-Thérèse Fortin de conserver l’ambiance et l’essence du roman pour faire ressortir son côté actuel.

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En effet, même si l’action se passe au début des années 1940, les enjeux des protagonistes ne sont pas très différents de ceux que la population québécoise actuelle affronte aujourd’hui; la panique sociale autour du changement (la question de l’IA), l’obligation d’exercer un métier déplaisant tout en faisant face aux mépris des autres (en raison du manque de débouchés dans plusieurs branches professionnelles) ou encore la complexité de décoder les intentions de l’autre dans les relations interpersonnelles et sentimentales.
« Il y a un personnage qui n’est pas nommé dans Bonheur d’occasion; c’est le capitalisme »
-Marie-Thérèse Fortin
Les personnages de Bonheur d’occasion font principalement face à deux des problèmes les plus communs encore aujourd’hui: le logement et le chômage.
La famille de Florentine Lacasse doit déménager chaque printemps, à défaut de pouvoir payer leur loyer et se retrouve immanquablement dans des logements en piteux état, puisqu’elle ne peut s’offrir mieux. Il est facile pour un Québécois de 2026 de reconnaître cette situation puisque le marché du logement connaît encore plusieurs problèmes. Que ce soit à cause de la hausse des loyers ou du manque de logements réellement adaptés au besoin de la population, de plus en plus de Québécois peinent à se loger correctement encore aujourd’hui.
Les protagonistes connaissent tous également des problèmes professionnels, les obligeant à vivre de l’aide sociale ou de petits emplois peu rémunérés pour arriver à joindre les deux bouts; des emplois qu’ils n’aiment pas et accentuent le mépris ou la pitié envers eux. C’est encore le cas de beaucoup de Québécois, aujourd’hui. Même les compétences et les diplômes ne sont plus garanties de réussite professionnelle et beaucoup de gens sont réduits à accepter des emplois pour lesquels ils sont surqualifiés et sous-payés pour subvenir à leurs besoins.
Autrement dit, ce spectacle-lecture mettait en évidence que « plus ça change, plus c’est pareil ».





