Coyotes, Tome 2: le monstre du patriarcat

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Avec la parution du second et dernier tome, le scénariste Sean Lewis et la dessinatrice Caitlin Yarsky concluent en beauté la série Coyotes, une bande dessinée se décrivant comme la rencontre entre Underworld et Kill Bill.

Après avoir vu sa sœur et sa mère sauvagement tuées par une meute de loups-garous, la jeune Analia fût recueillie par les Victorias, un groupe de guerrières habitant une gare désaffectée du Mexique. Entraînée au combat au corps-à-corps et au maniement du katana, l’orpheline, rebaptisée « Rouge », lutte depuis contre ces bêtes maléfiques, dont les victimes sont exclusivement féminines. Suite à la mort de sa meilleure amie à la fin du tome précédent et à la destruction des installations d’Adlin, une compagnie d’armements ayant fabriqué une véritable armée de ces monstres mi-hommes mi-loups, Analia et sa bande écument maintenant le pays à bord d’un train afin de recueillir d’autres survivantes, mais leur mission, déjà difficile, se compliquera encore un peu plus lorsque quatre des lycanthropes originaux, des créatures antiques aussi larges que des édifices, décident d’unir leurs forces pour se venger, et empêcher le retour de la déesse Gaïa sur Terre.

La couverture de l’album

Au Mexique et dans plusieurs pays d’Amérique centrale, on donne le nom de « coyotes » aux passeurs aidant les migrants à traverser illégalement la frontière, souvent aux dépens de ces infortunés à la recherche d’une terre meilleure, et en utilisant cette allégorie comme prémisse à sa bande dessinée, le scénariste Sean Lewis s’est approprié la mythologie entourant les loups-garous pour l’emmener ailleurs, et livrer un commentaire social des plus pertinent. Au-delà de l’horreur et du fantastique, dont il n’est pas dépourvu, le récit prend des allures résolument féministes, en mettant principalement des femmes en vedette (à l’exception du détective Frank Coffey, l’un des rares hommes n’ayant pas cédé au monstre en lui), et en faisant des victimes de la violence masculine des combattantes aguerries. On est donc loin du « sexe faible », et des histoires habituelles de lycanthropes.

Une page de l’album

Volutes de fumées traçant des arabesques dans les airs, grottes aux dimensions mythologiques, loup de lave gigantesque crachant du feu, l’illustratrice Caitlin Yarsky insuffle une ampleur et une violence dignes d’un conte de fées à ses planches. En plus d’être extrêmement douée pour le mouvement, avec des personnages qui semblent souvent suspendus au beau milieu de leur élan, ses dessins célèbrent la diversité corporelle des femmes sous toutes ses formes, et ses mutations entre homme et loup sont plus réussies que bien des films du genre. Son souci du détail se traduit par des enluminures ornant chacune des bulles de Duchesse (la cheffe des Victorias), et ses compositions graphiques, où les images s’intègrent souvent les unes aux autres sans l’aide de cases, sont absolument sublimes.

L’horreur est souvent à son meilleur lorsqu’elle sert à livrer un message social, et en l’espace de deux tomes à peine, la série Coyotes est parvenue à s’imposer comme un incontournable du genre, qui plaira autant à ceux et celles qui aiment les femmes fortes que les histoires de loups-garous sortant des sentiers battus.

Coyotes, Tome 2, de Sean Lewis et Caitlin Yarsky. Publié aux éditions HiComics, 128 pages.

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À propos du journaliste

Patrick Robert

Cinéma, musique, jeux vidéo ou bandes-dessinées, Patrick partage sa passion pour la culture populaire depuis plusieurs années à travers les critiques, les entrevues, ou les textes d’actualité qu’il signe pour de nombreux médias, parmi lesquels le blogue de Ztélé, La Vitrine, Le Coin du DVD, et évidemment, Pieuvre.ca.

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