Deux nouveaux albums dans la collection Ils ont fait l’Histoire

0

La collection Ils ont fait l’Histoire utilise la bande dessinée pour rendre le passé davantage accessible, et avec ses nouveaux albums consacrés à Cléopâtre et à Staline, la série explore deux facettes bien différentes du pouvoir, l’un s’appuyant sur le droit divin, et l’autre sur la force.

La bande dessinée est un médium de choix pour rendre l’Histoire plus vivante et plus facile d’accès, et c’est la raison d’être d’Ils ont fait l’Histoire, une collection où des historiens et des artistes de la BD s’associent pour couvrir aussi bien l’Antiquité que le Moyen Âge ou le monde contemporain, en relatant le parcours de personnages exceptionnels ayant marqué leur époque. Après Alexandre le Grand, Gengis Khan, Robespierre ou Abraham Lincoln (dont on a déjà parlé ici) les deux nouveaux albums de la série se consacrent à des personnages bien différents, soit Cléopâtre et Staline.

La couverture de l’album

Cléopâtre

La culture populaire a contribué à créer un portrait plutôt romancé de la souveraine ayant dirigé l’Égypte entre -51 et -30, et la lecture de Cléopâtre offre une agréable façon de départager la réalité historique du mythe, en brossant le portrait d’une femme dont l’existence entière fut marquée par la lutte pour le pouvoir. Son frère Ptolémée XIII, avec qui elle devait partager le trône, la chassera d’Alexandrie, et ce n’est qu’après avoir levé une armée qu’elle pourra enfin rentrer chez elle, et débuter son règne. Sans posséder la beauté (ou le nez aquilin) que la légende lui attribue, elle sût utiliser la séduction afin de sceller des alliances stratégiques avec César ou Marc Antoine, mais en essayant de redonner sa splendeur d’antan à l’Égypte, elle contribuera surtout à son déclin, et à son assimilation au sein de l’empire romain.

La lecture de Cléopâtre est fort instructive, et il est intéressant, par exemple, de constater que son suicide avec un fruit empoisonné a probablement inspiré la création de Blanche-Neige, mais malheureusement, le scénariste Victor Battagion maîtrise mal l’art de la synthèse, et il tente de condenser beaucoup trop de contenu en une cinquantaine de pages. En résumant de larges pans du contexte sociopolitique de l’époque, comme la prise de l’île de Chypre par Rome, à l’aide de quelques phylactères bourrés de texte, le récit est parfois aride, et le fait que les répliques soient ampoulées, comme si, dans l’antiquité, tous excellaient dans l’art oratoire, ne rend pas la lecture moins ardue, au contraire.

La couverture de l’album

Staline

Fils d’un modeste cordonnier de Géorgie, Iossif Vissarionovitch Djougachvili dit Staline, s’est hissé parmi les politiciens les plus marquants du 20e siècle. Son nom est même entré dans le langage courant pour qualifier les régimes totalitaires et la violence d’État. Si certains l’ont louangé pour avoir fait entrer la Russie, un pays largement agricole, dans la modernité, le prix qu’a dû payer la population dans cette marche vers le progrès fut particulièrement élevé, et sous son règne, qui s’étirera durant trois décennies, plus d’un million de soviétiques seront condamnés à mort, sept millions déportés, et un autre 20 millions se retrouvera dans les goulags et autres « camps de travail », un héritage assez peu enviable.

En se concentrant sur l’ascension au pouvoir du Secrétaire général du Parti communiste, la bande dessinée Staline est beaucoup moins décousue que Cléopâtre, et se dévore comme un drame politique malheureusement véridique. Depuis les derniers jours de Lénine, qui le trouvait trop brutal pour lui succéder, en passant par l’assassinat de Léon Trotski et de plusieurs autres intellectuels, l’album dresse le portrait peu flatteur d’un homme paranoïaque, narcissique et sanguinaire, qui affamait sa propre population et imposait des quotas quotidiens « d’ennemis du peuple » à arrêter et juger, ce qui en fait sans doute l’un des pires tyrans de l’Histoire moderne. On y découvre même que, n’en pouvant plus d’être mariée à un tel monstre, son épouse, Nadejda, finira par se suicider.

Une page de l’album Staline

Les dessins d’Andrea Meloni dans Cléopâtre arborent une facture réaliste, mais puisque la bande dessinée est très verbeuse et contient assez peu d’action, l’album s’avère graphiquement statique, et se résume la plupart du temps à des têtes parlantes dans des décors antiques finement reproduits, comme le palais royal des Ptolémée ou le port d’Alexandrie. Il s’agit sans doute d’une question de goût, mais j’ai préféré le travail de Fernando Proietti sur Staline, et son trait gras et vivace, ainsi que sa façon de cadrer chaque scène, crée des illustrations beaucoup plus dramatiques et dynamiques. Chacun des deux volumes se termine sur un dossier biographique de quelques pages, et une chronologie de la vie de ces figures historiques.

Apprendre sur le passé permet de mieux comprendre le monde dans lequel on vit aujourd’hui, et au moment où les écoles sont fermées, les bandes dessinées Cléopâtre et Staline représentent la façon la plus ludique de s’initier à l’Histoire.

Cléopâtre, de Victor Battagion, Andrea Meloni et Aude Gros de Beler. Publié aux éditions Glénat, 56 pages.

Staline, de Vincent Delmas, Christophe Regnault, Fernando Proietti, Nicolas Werth. Publié aux éditions Glénat, 56 pages.


Autres contenus:

Le Detection Club: l’âge d’or du roman policier

Partagez

À propos du journaliste

Patrick Robert

Cinéma, musique, jeux vidéo ou bandes-dessinées, Patrick partage sa passion pour la culture populaire depuis plusieurs années à travers les critiques, les entrevues, ou les textes d’actualité qu’il signe pour de nombreux médias, parmi lesquels le blogue de Ztélé, La Vitrine, Le Coin du DVD, et évidemment, Pieuvre.ca.

Répondre