The Invisible Man: on s’est aimés comme on se quitte

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L’homme qui a tout n’est rien sans amour. Une prémisse complètement inusitée pour un film d’horreur on ne peut plus représentatif de notre époque, où à l’aide de la technologie, on modernise les écrits de H.G. Wells pour s’attaquer à une véritable abomination: la violence envers les femmes. Non, ce n’est décidément pas The Invisible Man comme vous vous y attendez.

Après avoir vécu la disgrâce avec son Insidious: Chapter 3 (alors qu’il prenait les rênes d’un concept qu’il avait pourtant lui-même créé), Leigh Whannell est néanmoins resté dans les bonnes grâces du prolifique producteur Jason Blum, qui lui a offert sa rédemption en lui permettant de livrer l’amusant quoiqu’assez vide Upgrade, sorte de Robocop rencontre 2001: A Space Odyssey, parmi tant d’autres, sans aucune concession.

Il était ainsi probablement la personne toute désignée pour s’intéresser à nouveau à une histoire où la technologie très avancée tourne au cauchemar. Il reste néanmoins ironique que ce projet autrefois prévue pour le feu Dark Universe de Universal, avec dans le rôle principal nul autre que Johnny Depp, lui-même accusé de ses propres torts envers les femmes, est soudainement devenu une ode aux femmes propulsée par l’énergique performance de la toujours excellente et intense Elisabeth Moss, qui vient à peine de démontrer tout son potentiel horrifique dans le Us de Jordan Peele, également encadré par Blumhouse.

Cette tournure des événements et ce changement de perspective deviennent alors l’aspect le plus intéressant du long-métrage, qui, sans trop donner dans la subtilité, s’amuse avec la science-fiction et les codes du film d’horreur pour illustrer la réalité de plusieurs femmes sous l’emprise souvent incompréhensible d’un bourreau omniprésent qui devrait être aimant et protecteur. À coups de tourments, de gestes possessifs et de gaslighting (connu aussi sous le nom de détournement cognitif) pour jouer dans la tête des femmes afin de mieux les contrôler, le film utilise habilement tous les dérivés de ce genre d’abus souvent plus psychologiques que physiques pour faire apparaître la véritable horreur.

Whannell étant ce qu’il est, toutefois, c’est au niveau du scénario que ça part malheureusement rapidement en couille. Il a beau avoir écrit plus de scénarios qu’il a réalisé de films et avoir collaboré un grand nombre de fois avec James Wan, les raccourcis stupides et les revirements idiots semblent trop abondants dans son écriture, qui prend souvent toute la place sur ses ambiances qu’il crée avec un certain doigté.

Avec une aise évidente, il sait utiliser la caméra pour investir son spectateur dans ses films et ici il s’amuse grandement avec les petits espaces pour le laisser scruter chaque recoin de l’écran pour essayer de trouver la menace avant qu’elle nous prenne par surprise. Des procédés qui ne seront pas nouveaux pour quiconque aura suivi les Paranormal Activity (surtout dans leurs moments les plus audacieux comme le troisième volet), mais qui ont leur lot d’efficacité, surtout dans la première heure.

Malheureusement, le tout s’étire inutilement et plusieurs personnages n’ont certainement pas l’importance qui leur revient. En fait, personne n’arrive à la cheville de Moss et cela se fait constamment sentir. Surtout pour le pauvre Oliver Jackson-Cohen, à qui l’on confie un rôle destiné à un acteur beaucoup plus vieux, histoire de le placer à égalité avec sa partenaire, mais qui même s’il se retrouve avec un personnage qu’on ne voit pratiquement jamais, histoire de regretter de ne pas ainsi pouvoir profiter de ses charmes britanniques, n’a que bien peu à se mettre sous la dent.

C’est d’autant plus terrible lorsqu’on nous révèle le secret derrière le tour de magie, rendant les moments de combats pratiquement aussi risibles que de voir n’importe qui se débattre dans le vide. Il ne faut également pas toujours essayer de trouver un sens à tout ce qui se déroule, ni même de vouloir faire prôner la logique dans la majorité des décisions.

On se retrouve alors avec un autre film au concept brillant, mais dont l’exécution bat constamment de l’aile au fur et à mesure qu’il avance. Un long-métrage qui se perd dans son désir de dénoncer tout comme d’être efficace dans le genre auquel il veut correspondre. Encore incapable de se transcender, le cinéaste accouche d’une autre production soignée, mais qui manque de ce je-ne-sais-quoi pour la pousser au niveau supérieur.

5/10

The Invisible Man prend l’affiche en salles ce vendredi 28 février.


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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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