Secret Hitler: machinations, fascisme et moustache

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Serez-vous en mesure d’assurer la survie du gouvernement allemand de l’entre-deux guerres? Ou tenterez-vous plutôt de précipiter la chute de la République de Weimar et l’avènement du fascisme hitlérien? En s’appuyant sur une prémisse historique sinistre, Secret Hitler donne surtout dans la franche rigolade… et dans les possibles manipulations psychologiques hautement jouissives.

En s’appuyant de façon libérale sur le fonctionnement d’un autre jeu de déduction particulièrement populaire, The Resistance, où une équipe de rebelles infiltrée par les sbires du pouvoir tentent d’accomplir une majorité de missions sans que leurs plans ne soient contrecarrés, Secret Hitler récupère le concept de dissimulation d’identité véritable et de rôle secret: il y a les bons, les libéraux, mais aussi les fascistes, y compris Hitler en personne. Selon le nombre de joueurs, Hitler peut connaître ou non l’identité de ses confrères fascistes, ce qui ajoute du piment à la chose.

Si les libéraux font adopter cinq politiques qui leur sont favorables, la victoire est assurée; cependant, si ce sont les fascistes qui font adopter cinq de leurs politiques, les extrémistes l’emportent. Et si Hitler est élu chancelier après l’adoption d’au moins trois politiques fascistes, ce sont aussi les fascistes qui gagnent.

Pourquoi, dans ce cas, ferait-on adopter des politiques fascistes? D’abord, parce que le rôle de président du parlement allemand est attribué à un joueur différent au moins une fois par tour, et que celui-ci désigne ensuite un candidat à la chancellerie. Si cette structure de gouvernement est adoptée à majorité lors d’un vote secret, le président pige alors trois cartes de politique dans la pile, en défausse une et présente les deux autres au chancelier, qui décidera alors laquelle des deux entrera en vigueur. Les deux hommes pourront être par la suite questionnés par les joueurs, mais il leur est interdit de communiquer entre eux. L’attrait des politiques fascistes, enfin, repose dans les pouvoirs exécutifs que celles-ci confèrent.

Ces pouvoirs, utilisables une seule fois par partie chacun, et dont l’utilisation est obligatoire, vont du dévoilement secret de la carte de membre du parti d’un autre joueur à l’élimination pure et simple. Et plus il y a de politiques fascistes en vigueur, plus les pouvoirs spéciaux seront importants. Faut-il alors adopter de telles politiques pour « aider » les libéraux à débusquer Hitler? Car si Hitler est assassiné, les fascistes perdent…

Les parties peuvent durer jusqu’à 45 minutes, mais une partie jouée à vive allure, en utilisant l’option « nucléaire » – le chancelier adoptant une politique fasciste faisant partie des choix présentés est ensuite éliminé par le président –, pourra ne durer que quelques minutes… si le président libéral a la chance de tomber sur Hitler lui-même.

Si le jeu est disponible gratuitement en ligne sur le site des créateurs, l’entreprise Goat, Wolf & Cabbage, en version papier à imprimer chez soi, la version cartonnée, avec identifiants en bois solide pour les deux rôles électifs, plateaux de jeu au fini fort intéressant et cartes de bonne qualité, coûtera environ 30$ sur Amazon… ou 50$ directement sur le site des créateurs. Pour la version avec une boîte en bois, il faudra débourser 100$.

Secret Hitler est un jeu fort divertissant qui se joue bien entre amis, avec ou sans consommation derrière la cravate. Et si l’on ne trouve pas que le fascisme a quelque chose de rigolo? Eh bien, les créateurs nous invitent à nous plaindre… à Donald Trump!


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À propos du journaliste

Hugo Prévost

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l'enfance. S'il s'intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n'hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l'économie ou encore les loisirs et le tourisme.

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