Mouette, oiseau cave et autres volatils théâtraux

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Anton Tchekhov n’est ni le premier ni le dernier monument de l’art dramatique à être interprété, repensé, voire métamorphosé pour être proposé de manière à la fois fidèle et totalement différente de ce qu’il a écrit. Avec Cr#%# d’oiseau cave, c’est une version québécoise de La Mouette qui est présentée à La Licorne. Et si le résultat ne donne peut-être pas autant à réfléchir que la version originale, on peut dire que l’on passe quand même un très bon moment des plus divertissants.

Les principaux personnages de la pièce d’origine sont présents dans cette version de La Mouette écrite par Aaron Posner et traduite par Benjamin Pradet. Les différentes péripéties se veulent aussi fidèles à l’œuvre initiale, de même que le débat de fond qui concerne la question de la représentation, du jeu de l’acteur, de la célébrité, du théâtre en somme, et du théâtre de la vie également et surtout.

Dans la maison de son oncle, Conrad est amoureux de Nina et tente de la séduire en lui offrant le rôle principal d’une pièce intitulée Nous y sommes qu’il vient d’écrire. La mère de Conrad a pour amant Boris, un auteur dramatique à succès dont Nina s’éprend. Les rapports de Conrad et de sa mère sont des plus orageux, et le départ de Nina avec Boris n’arrange pas les choses. Quant à l’amour que Macha éprouve pour Conrad, il n’est pas satisfait non plus, et elle cédera à David sans l’aimer réellement.

Comme toujours dans Tchekhov, tous les personnages sont malheureux en amour, alors que c’est précisément d’amour dont ils ont besoin. Parallèlement à cette quête, c’est la question de la célébrité qui est mise en avant comme attrait amoureux. La pièce dans la pièce, celle de Conrad, est raillée par sa mère, et Nina n’est attirée par le vieux Boris que parce qu’il est un écrivain célèbre.

Le plus drôle, dans cette version, ce sont tous les anachronismes parfaitement volontaires qui évoquent des faits ou des propositions théâtrales postérieurs à Tchekhov. L’action se situe clairement dans un milieu québécois avec son langage et ses références. Les acteurs sont très bons dans leurs rôles respectifs de personnages malheureux pour la plupart. Pas de décors, ni de coulisses, dans Cr#%# d’oiseau cave. Les protagonistes attendent en retrait le moment d’entrer en scène. Quant aux enchaînements, ils sont donnés par des acteurs qui énoncent les didascalies.

On rit beaucoup dans Cr#%# d’oiseau cave. L’actrice qui interprète Masha est une très bonne chanteuse. L’acteur qui interprète David est sans doute le plus drôle de la troupe. Mais tous ont une belle prestance sur scène et l’ensemble est très divertissant.

Cr#%# d’oiseau cave, du 30 avril au 25 mai 2019 à La Licorne


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À propos du journaliste

Sophie Jama

Anthropologue, écrivaine, journaliste

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