Le métissage de Grupo Corpo de retour à Montréal

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Du fait de sa population bigarrée d’origines diverses, le Brésil bénéficie de multiples influences culturelles et religieuses: Autochtones, Portugais, Africains, à quoi s’ajoutent les immigrants du monde entier qui ont peuplé le pays jusqu’à aujourd’hui. Rodrigo Pederneiras sait tirer parti de toutes ces empreintes comme chorégraphe de l’extraordinaire troupe Grupo Corpo, de retour à Montréal pour un programme double dans le cadre de Danse Danse.

Ainsi, le spectacle s’ouvre sur un hommage à Jean-Sébastien Bach, le compositeur qui atteint l’apogée de la musique baroque pleine de contrastes et d’expressivité. Bach a été maintes fois revisité par d’autres courants musicaux que classiques. Et c’est sur une interprétation du compositeur Marco Antônio Guimarães de différents morceaux du compositeur allemand que les danseurs proposent une prestation des plus virtuoses et dont on sent qu’elle est réglée et minutée à la seconde près.

Pour marquer l’élévation de la musique de Bach et son usage fréquent de l’orgue, des dizaines de tubes métalliques ornent le haut de la scène d’où descendent les danseurs au début du spectacle, et qui servent à certaines de leurs acrobaties ensuite. Car la danse vue par Rodrigo Pederneiras est un mélange de danse classique et contemporaine particulièrement athlétique et qui demande parfois des talents acrobatiques à ses artistes.

Des danseurs à contre-jour de gros projecteurs, on ne voit d’abord que les silhouettes. Puis, en pleine lumière, et selon les tableaux, ils revêtent des sortes de justaucorps noirs, puis bleus rois et enfin dorés, qui donnent à leurs mouvements une beauté supplémentaire. Leurs danses extrêmement rapides, parfaitement coordonnées avec des décalages subtils, maintiennent leurs corps toujours debout ou presque. Ils ressemblent parfois à des sortes de poupées mécaniques dont tous les membres s’agitent à une allure folle, mais parfaitement en accord avec la musique, donnant presque l’impression que ce sont eux qui la produisent.

La deuxième partie du spectacle, Gira, est influencée par l’une des religions que l’on trouve au Brésil, l’umbanda proche du candomblé, une sorte de mélange de religion africaine et chrétienne qui laisse une grande place au culte des âmes. Revêtus de longues jupes blanches, les danseurs et les danseuses apparaissent torses nus avec le cou entièrement maquillé d’une peinture rouge sang. Si leurs mouvements sont tout aussi rapides que dans le premier ballet Bach, les danseurs dans Gira manifestent nettement plus de liberté dans leurs corps qui semblent aller parfois jusqu’à la transe. Le découpage de leurs muscles, leur souplesse extraordinaire et leur énergie ainsi libérée est encore plus visible et stupéfiante pour le spectateur.

Grupo Corpo est une troupe composée d’une vingtaine de jeunes artistes éblouissants de talents et dont on sent le plaisir de travailler ensemble et de se donner totalement au public.

Grupo Corpo, du 23 au 26 janvier 2019 au théâtre Maisonneuve à Montréal

Chorégraphie: Rodrigo Pederneiras
Musique: Marco Antônio Guimarães (à partir de l’œuvre de J. S. Bach)
Scénographie Fernando Velloso, Paulo Pederneiras
Costumes Freusa Zechmeister
Éclairages: Paulo Pederneiras


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À propos du journaliste

Sophie Jama

Anthropologue, écrivaine, journaliste

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