Simone Veil, L’immortelle: une vie de toutes les couleurs

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Véritable monument en France, Simone Veil est un peu moins connue de ce côté-ci de l’Atlantique, mais il est maintenant possible de découvrir la vie peu commune de cette grande dame, grâce au roman graphique que lui dédient Pascal Bresson et Hervé Duphot.

Il est de ces destins plus grands que nature qui dépassent une seule personne et finissent par toucher la vie de millions d’individus, changeant à jamais la société, et c’est le cas de Simone Veil. Intronisée au Panthéon en juillet dernier, soit un an à peine après sa mort, cette femme née à Nice en 1927 a connu un parcours hors du commun, et fait preuve d’une ténacité qui inspire encore aujourd’hui. Même si, comme de milliers d’autres Juifs, la France de Vichy l’a laissé tomber et qu’elle s’est retrouvée dans un camp de concentration à l’âge de seize ans, elle servira quand même son pays avec dévouement des années plus tard, alors qu’en tant que ministre de la Santé du gouvernement Chirac, elle affrontera sans broncher le sexisme et l’antisémitisme de ses adversaires afin de dépénaliser l’avortement.

La couverture de l’album

Biographie non linéaire, Simone Veil: L’immortelle se sert du projet de loi que la ministre de la santé parrainera en 1974 sur l’interruption volontaire de grossesse comme fil conducteur à son récit. À travers les manifestations pro-vie, les débats houleux à l’Assemblée nationale et les propos, aussi odieux que véridiques, tenus par certains députés, qui iront jusqu’à traiter la survivante de la Shoah de « nazie », l’album revisite différents épisodes de la vie de cette icône féministe : son adolescence dans une Nice sous occupation allemande; la déportation de sa famille dans le camp d’Auschwitz-Birkenau, où sa beauté l’aidera à survivre; ses études de droit, ou sa relation avec Valéry Giscard d’Estaing, dont elle sera la protégée. Tout en étant verbeuse, la bande dessinée ne néglige pas l’émotion, et s’avère très touchante.

Une page de l’album

Grâce aux dessins à la fois efficients et élégants d’Hervé Duphot, on reconnaît immédiatement Simone Veil, Jacques Chirac, Valery Giscard d’Estaing, et autres personnages de ce drame historique. L’artiste reconstitue en détail le Paris des années 1970, ou Nice durant la Seconde Guerre mondiale, et ses illustrations sont très belles, même lorsqu’il dépeint les horreurs des camps de concentration. Simone Veil: L’immortelle utilise la bichromie avec brio, et cette façon de ne prendre qu’une seule couleur à la fois ne fait pas que donner un look unique à l’album, elle distingue également les différentes époques. Le débat sur l’avortement est entièrement bleu par exemple, les pages consacrées à sa jeunesse à Nice sont jaunes, et les plus atroces, relatant la vie à Auschwitz, teintées de gris sale.

Le roman graphique Simone Veil: L’immortelle constitue un très bel hommage à une femme qui refusait que la fraternité soit un obstacle à l’égalité, et qui a lutté toute sa vie pour que la France soit davantage un pays de liberté.

Simone Veil: L’immortelle, de Bresson et Duphot. Publié aux Éditions Marabout, 184 pages.


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À propos du journaliste

Patrick Robert

Cinéma, musique, jeux vidéo ou bandes-dessinées, Patrick partage sa passion pour la culture populaire depuis plusieurs années à travers les critiques, les entrevues, ou les textes d’actualité qu’il signe pour de nombreux médias, parmi lesquels le blogue de Ztélé, La Vitrine, Le Coin du DVD, et évidemment, Pieuvre.ca.

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