Pauline Julien, la muse de l’indépendance

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Parmi les migrants originaires de France, ceux qui se considèrent comme des citoyens du monde sont-ils les mêmes qui s’entêtent à ne pas reconnaître le Québec comme une société distincte? Aux antipodes de cette migration économique, le documentaire Pauline Julien, intime et politique de la cinéaste Pascale Ferland raconte l’histoire de cette chanteuse qui a préféré le Québec en mutation à une carrière en France.

«On passait par des endroits où il n’y avait que des sapins, des sapins, sapins. C’était l’infini, on ne voyait que des sapins, que des sapins, que… y’avait rien. À un moment donné, je regarde Pauline et elle pleurait à chaudes larmes. Je lui ai dit Pauline, qu’est-ce que tu as? Et par la fenêtre, elle a dit: ça!», affirme l’ami intime de la chanteuse, Alan Glass afin d’évoquer cette impression d’être avalé par ce pays qui est tellement vaste. Cet extrait d’entrevue, cette forme classique du documentaire, introduit le film et ne reviendra qu’à la fin.

Un montage d’images en noir et blanc nous transporte outre-Atlantique. Au cœur de la ville de Paris, la chanson française laissant peu de place à cet instrumental qui ne sert qu’à supporter le verbe vibre dans les cabarets. Pauline Julien y chante l’amour. Sur scène, les gestes qu’elle fait avec ses bras semblent vouloir amplifier la puissance de sa voix. Cette passion lui garantit un succès. Elle se marie, devient mère de deux enfants, mais elle se sent attirée par autre chose. «Ni Homère, ni Virginia Woolf ne m’atteignent», confie-t-elle en sourdine.

L’aventure commence lorsqu’elle part vivre au Québec et chante d’abord aux côtés de Gilles Vigneault, puis ensuite auprès de Clémence DesRochers, Gaston Miron, Michèle Lalonde et Robert Charlebois dans un concert pour libérer les prisonniers politiques Pierre Vallières et Charles Gagnon. Interviewées par plusieurs médias, sa simplicité et sa façon de s’exprimer dans un bon français donnent une voix à la fois à la contestation ouvrière felquiste et au mouvement intellectuel sous la bannière du Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN).

Cette période de bouleversements sociopolitiques est présentée par une série d’extraits d’événements marquants sans nous perdre dans l’émotion. Ainsi, la documentariste fait place avec brio à la dynamique de la relation entre deux acteurs lettrés, Pauline Julien et le député du Parti québécois élu dans la circonscription de Mercier en 1976, Gérald Godin. Une lecture de la critique d’un spectacle de la chanteuse par le journaliste au Nouvelliste de Trois-Rivières, Gérald Godin rend compte de leurs balbutiements. Peu à peu, leur correspondance s’installe dans le film.

Peut-on soutenir que la chanteuse québécoise s’est heurtée à l’amplitude qu’elle appréhendait? Sans abuser de l’entrevue et cherchant à amalgamer les séquences ou citations évocatrices plutôt qu’avoir recours à un narrateur historique, le documentaire de Pascale Ferland traduit une franchise singulière.

Pauline Julien, intime et politique est en salles depuis le 21 septembre.


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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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