Searching: à un clic de craquer

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Revigorer un sujet et une thématique qu’on a remâchés ad nauseam n’est certainement pas chose facile. Toutefois, si l’on oublie les nombreux fils blancs qui servent autant que nuisent à ce captivant thriller, disons que sans changer le monde, Searching parvient sans mal à épater.

Les prémisses de disparitions et, encore plus, d’enfants disparus ont envahi tous les écrans; surprise, Searching s’amuse à utiliser une métaphore multimédia pour en faire un champ d’intérêt rassembleur, métaphorisant la quête comme un acte communautaire fictif et superficiel entourant la recherche pourtant simple et solitaire d’un père monoparental.

Comme quoi les intentions du film sont ambitieuses, mais l’oeuvre ose les limitations des écrans virtuels (ordinateurs, cellulaires, tablettes, etc.) pour en faire le seul champ de vision du spectateur, lui reflétant son propre quotidien face à une mise en contexte qu’on espère ne jamais avoir à vivre. Bien sûr, le concept est loin d’être nouveau. Il y a déjà eu deux Unfriended et un Open Windows, notamment, mais si l’on oublie le sentimentalisme plus ou moins forcé et obligé, voilà ici probablement la proposition du genre la plus engageante jusqu’à présent.

C’est qu’en trichant un peu, en jouant sur le montage et les avancées narratives, et en favorisant le mouvement, multipliant les lieux et en ne se contentant pas d’un ordinateur fixe, mais bien en se permettant un maximum de possibilités, le film s’amuse à jouer sur nos connaissances, nos attentes et nos références pour les satisfaire autant que les déjouer et, mieux encore, pour en faire ressortir un humour non négligeable allant du burlesque à l’absurde en passant par du plus noir, du plus sérieux et du plus simpliste, également.

Véritable mine d’or fortement actuelle, ce premier long-métrage de Aneesh Chaganty porte une attention surprenante aux détails, tout en dévoilant un scénario bourré de revirements chocs.

De plus, le réalisateur connaît ses classiques (on pense aussi à Catfish) et s’inspire fortement du Gone Girl de David Fincher en utilisant le même canevas (une simple disparition peut-elle cacher quelque chose de plus tordu?), oui, en lui faisant directement hommage ici et là, mais aussi en usant du style, notamment par le biais de la trame sonore, du montage, mais aussi du rythme.

Le tout est également construit comme une certaine chasse au trésor, ne manquant pas d’indices camouflés ici et là dans les apparences pourtant anodines du quotidien et du familier.

Il faut aussi dire que John Cho, enfin avec un rôle qui lui permet d’élargir la démonstration de l’étendue de ses capacités, est excellent dans le rôle titre et est un protagoniste facile à comprendre et à rejoindre dans ses nombreuses réactions. Le reste de la distribution assure quand même avec aisance, alors que Debra Messing est peut-être une actrice un peu trop connue pour assurer la totale fluidité de son personnage singulier.

Sans trop vouloir vendre les surprises, autant dire que les films d’écrans virtuels sont certainement plus rassembleurs que les films en caméra à l’épaule, qui ont vite épuisé les spectateurs.

Malgré des détails qui peuvent faire sourciller, l’oeuvre demeure un thriller fortement engageant. Searching est un film tordu et risqué qui se permet beaucoup et qui réussit la majorité de ses tentatives. Une proposition qui fait passer un sacré moment de cinéma, tout en ne manquant pas de nous faire fortement réfléchir, en plus de nous pousser à remettre notre propre réalité en question.

S’ajoute à l’ensemble un drame père-fille poignant ainsi qu’une sacrée réflexion sur les dangers et les risques de la technologie. À découvrir sans hésiter.

7/10

Searching prend l’affiche en salles ce vendredi 31 août.

À noter que le film a initialement été vu dans le cadre de la plus récente édition du Festival international de films Fantasia.


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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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