Fantasia 2018 – Mandy: la fureur de vivre

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Présenté à guichets fermés pour la clôture de la plus récente édition du Festival international de films Fantasia à Montréal, l’ovni cinématographique qu’est Mandy était l’œuvre toute désignée pour clore avec maestria plus de vingt jours de découvertes. 

Le premier Mad Max rencontre The Endless avec plus de latitude et de moyens. Deux
inspirations parmi tant d’autres qui rappellent que Mandy ne prêche certainement pas par originalité, mais impressionne surtout au niveau de l’exécution.

Véritable œuvre d’art visuel et atmosphérique, la seconde proposition de Panos Cosmatos vient redonner de la noblesse au cinéma d’exploitation et, si son penchant pour le cinéma Grindhouse prononcé ne le pousse pas dans une aura aussi accessible qu’un certain Nicolas Winding Refn comme c’était le cas avec l’acclamé Drive, disons que ce long-métrage attira sans mal un très grand lot d’admirateurs avertis.

D’admettre toutefois que la production du cinéaste correspond entièrement aux standards du genre qu’il pastiche viendrait amoindrir son travail, le soin accordé étant pratiquement maladif, s’amusant à user de la technique comme d’un laboratoire léché qui fait jouir de fascination devant une telle maîtrise de ce qui se passe à l’écran, un peu comme le brillant Hereditary de Ari Aster, plus tôt cette année. Magnifiquement mis en images, constamment divisé entre une beauté pratiquement poétique et l’horreur d’un monde voué à sa propre destruction, on y raconte pourtant une histoire simple, un récit d’amour et de vengeance comme on en voit tant.

Ainsi, bûcheron viril et sans histoire, Red voit sa vie basculer lorsque sa copine Mandy devient l’objet d’intérêt et de désir du leader d’un culte religieux. Et l’intensité n’a pas besoin de beaucoup de dialogues, la musique, principalement composée par Jóhann Jóhannsson (sa dernière d’ailleurs), aide certainement beaucoup. On croit aussi énormément au couple principal parce que la douceur épineuse de Andrea Risebourough vient se marier magnifiquement à l’unique Nicolas Cage, toujours aussi indomptable, mais qui attend patiemment son tour avant de littéralement exploser à l’écran, constamment à dépasser les limites entre l’over-the-top et la justesse.

Il y a aussi cette période, alors qu’on situe le tout en 1983, qui ajoute à la fantaisie
cinématographique d’usage et la fétichisation d’une époque, avant de délirer dans son propre microcosme. Sagement divisé en trois parties, prenant son temps pour étirer judicieusement le rythme, on fait revivre carrément une sensation (on a l’impression pendant un bon moment d’avoir ressorti une vieille VHS du grenier) avant de s’aventurer toujours plus vers une œuvre qui pourrait difficilement être mieux ancrée dans notre réalité, jouissant d’un gore particulièrement sanglant et de longues prises fortement hypnotiques.

Mandy ne plaira pas à tout le monde. Il y a bien quelques creux ici et là qui font pratiquement décrocher, mais la fascination pour voir où tout cela se dirige et y savourer les idées ingénieuses de Cosmatos (le combat de tronçonneuses est complètement débile), pour quiconque a le cœur assez solide évidemment, disons qu’on trouve difficilement un film plus satisfaisant pour faire lever les foules et créer l’émoi en bonne compagnie.

De plus, cela donne l’impression d’y découvrir une relecture complètement éclatée de Ghost Rider en fantasmant sur l’idée de voir l’univers de Mandy rencontrer celui de Mad Max, où Mel Gibson reprendrait son rôle pour délirer avec Cage.

Tous ces fantasmes mis de côté, avouons enfin qu’il n’y a pas meilleurs moyens de savoir son appréciation d’une telle œuvre que de l’essayer, de se laisser absorber par sa folie et sa maîtrise et d’y découvrir d’un cinéaste contradictoire à la vision aussi sombre que colorée, torturé par un puissant désir de choquer, mais aussi de ravi, et, surtout, d’honorer le septième art dans tous ses recoins.

7/10

Bien que la date de sortie n’ait pas encore été annoncée, Mandy devrait prendre l’affiche en salles d’ici la fin de l’année.


En complément:

Fantasia 2018 Days 13-15: Waterguns, Duets, Reindeer, and Immortality

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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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