The Darkest Minds: est-ce qu’on s’est déjà vu quelque part?

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Rapidement risible, The Darkest Minds a pourtant plusieurs des idées les plus sombres et intéressantes de toutes les propositions de futurs dystopiques adressés aux jeunes adultes qu’on a pu avoir dans les dernières années, rendant encore plus dommage la piètre adaptation bâclée et imprécise qui se déroule sous nos yeux.

Étonnamment, le passage entre l’animation et le film en captation réelle est souvent plus aisé qu’on pourrait s’y attendre comme Brad Bird et Phil Lord ainsi que Christopher Miller, notamment, l’ont prouvé par le passé. Si on lui pardonne d’avoir essayé de se lancer dans la mode déjà usée des franchises de romans YA, c’est tout un fardeau que Jennifer Yuh Nelson s’est imposé après les Kung Fu Panda.

Dans un futur complètement tordu, une cause imprécise tue la majorité des enfants et transforme l’autre avec des pouvoirs de différentes natures allant de l’inoffensif au très dangereux. Cela pousse le gouvernement à devoir se retourner vers la chair de leur chair, à les isoler et/ou à les utiliser pour leur propre gain.

D’un certain côté, c’est presque aussi tordu que l’éclaté Mom and Dad, mais c’est tout aussi décevant en ce qui concerne l’exécution, et c’est rapidement aussi inconséquent que les X-Men, s’adressant clairement à un public très peu âgé qui aura tôt fait de s’identifier à ces jeunes, incarnés néanmoins avec panache.

C’est le cas de la lumineuse et nuancée Amandla Stenberg, beaucoup plus libre que dans le premier Hunger Games ou le pitoyable Everything, Everything, où elle trouve une bien meilleure complicité avec Harris Dickinson, la révélation du brillant Beach Rats, sorte de Nick Robinson british et amélioré, qui est ici usé à tort, semblant lui-même se demander ce qu’il fait dans tout cela et pourquoi on le force à faire et dire des choses aussi ridicules.

Malgré des débuts très boiteux, ils forment quand même une idylle honorable qui aidera à la profondeur de la dernière partie, qui surprend par son côté bouleversant, s’avérant plus réussi et senti que dans Beautiful Creatures, ou même jusqu’à un certain point le plus récent Avengers.

Toutefois, un peu comme à chaque fois que Mandy Moore apparaît ou ouvre la bouche (pourquoi continue-t-on de lui donner des rôles?), les bribes d’intérêt se dissipent rapidement dans le scénario confus de Chad Hodge, grand habitué des téléséries, qui expliquerait peut-être le côté très anecdotique de l’ensemble, et la réalisation brouillonne qui enchaîne les changements de tons et les moments inexplicables.

On comprend qu’il s’agit de jeunes et que malgré tous les drames de leur existence ils ont envie de profiter de la vie, de s’amuser, de tomber en amour, mais c’est tellement maladroit d’alterner des moments horribles avec des chansons pop et des ballades dans un centre commercial vide (bien loin de la vision de Romero et ses zombies disons), qu’on hésite entre soupirer et éclater de rire.

Certes, en fouillant un peu plus la psychologie et la confusion de ces jeunes, et aussi parce que les idées sont un peu mieux justifiées malgré plusieurs revirements qu’on voit venir des milles à la ronde, on reste certainement dans un meilleur territoire que le pathétique The Fifth Wave. Sauf qu’au-delà de ces enfants tués, torturés et battus, en plus de cette manière simpliste de traiter de ségrégation et autres, le long-métrage a aussi une tendance fâcheuse de se lancer dans des thématiques et des idéologies qui font mal et qui dérangent.

On pense principalement à ce contrôle de l’homme blanc sur la femme (afro-américaine ici, parce que la production croit en la diversité en donnant un autre rôle de nerd geek hyperactif à un jeune afro-américain à lunettes, comme dans Jurassic World: Fallen Kingdom, et ne donnant aucun dialogue à la jeune asiatique) avec celui qui utilise de ses pouvoirs de télékinésie pour toujours l’avoir à portée de main, ou à l’autre, qui se lance dans la scène de quasi-viol la plus perturbante qu’on a vu dans un film adressé à des jeunes.

Tout cela mis de côté, le film a des effets spéciaux pas si mal, un rythme mouvementé et assez de péripéties pour se laisser aller sans trop se casser la tête. Sauf que sans aucune dose d’originalité pour le différencier des mille autres œuvres du genre, comme les Divergent ou les Maze Runner, que l’on n’avait même pas encore mentionnés jusqu’ici, on voit bizarrement comment The Darkest Minds pourrait se tailler une place vers un grand succès permettant d’adapter les cinq romans suivants.

4/10

The Darkest Minds prend l’affiche en salles ce vendredi 3 août.


En complément:

Fantasia 2018 – Mandy: la fureur de vivre

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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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