Doktor Glas: ouvrir la parenthèse de son vécu devant public

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Seul sur scène, l’acteur Krister Henriksson incarne le docteur dans la pièce Doktor Glas, une âme romantique et solitaire qui compense une vie de regrets en se dévouant à ses patients. Présentée par le Théâtre dramatique royal de Suède Dramaten, l’adaptation du roman de Hjalmar Söderberg publié en 1905 est mise en scène par le grand dramaturge Peder Bjurman au Théâtre Maisonneuve les 27 et 28 avril, dans le cadre de l’événement Printemps nordique.

Apparaissant sur scène, le docteur Glas annonce qu’il veut se confesser, mais à qui? Il soutient que ce qu’on peut demander à un ami est limité. Il s’exprime en suédois et c’est sur la grande toile du fond que l’on projette les sous-titres en français et en anglais. La scénographie est statique par ce cube au centre de la scène, un prisme vide qui n’existe que par ses arrêtes. Quelques chaises, quelques bouteilles d’eau et un vase parsèment l’espace immaculé que l’on pourrait confondre avec la conscience décalée de ce médecin qui reçoit les confidences de ses patients, qui doit les conseiller et vivre en portant les secrets de ses contemporains.

Avec l’annonce de la confession, le point de vue atypique est planté et le cube découpé suggère une certaine axonométrie de l’espace. Par exemple, lorsqu’on demande à quelqu’un de dessiner un cube, il va rarement tenir compte du point de fuite et de la ligne d’horizon hérité de la Renaissance italienne. Le docteur Glas semble être coincé entre sa connaissance de la véritable représentation et celle du commun des mortels par son statut. Collaborateur régulier du metteur en scène Robert Lepage et membre de l’équipe de création de la pièce La Face cachée de la Lune, Peder Bjurman joue avec des innovations scéniques de la même trempe afin de créer l’illusion.

Le texte nous plonge dans la ville de Stockholm au 19e siècle. Le docteur rencontre d’abord un révérend luthérien qu’il déteste. Ensuite, il rencontre la jeune femme de ce révérend. Le public devient témoin de l’intimité de ce couple à travers lequel le religieux cite la Bible pour forcer sa femme à avoir des rapports sexuels dans le but d’avoir un descendant, alors que cette femme entretient une liaison avec un amant qui lui convient davantage. On pourrait croire à un épisode de Séraphin à la sauce suédoise, mais nous sommes moins dans la dimension collective de l’action que dans celle d’un tiraillement hermétique, voire métaphysique.

Le rêve du docteur vient recouvrir la trivialité des confessions. Le personnage s’assied dans le cube, explique le meurtre du révérend pendant une consultation et expose un dénouement déformé par le songe. Les effets surréels qui accompagnent la fabulation semblent tirés du même laboratoire que ceux de la pièce Les aiguilles et l’opium qui a donné lieu aux rêveries de l’artiste moderne Jean Cocteau.

Une autre scène nous renvoie directement au Projet Andersen de Robert Lepage également, fondé sur la vie de l’écrivain danois Hans Christian Andersen, lorsque le personnage nous transmet le conte L’ombre. Dans l’obscurité, le docteur Glas se déplace avec une lumière et joue avec les ombres projetées.

Plus la pièce avance, plus les effets de suspension occupent l’espace scénique afin de traduire la dissolution de l’être par une implication omnisciente dans la communauté, du moins dans le cadre de la confession.

«Qu’elle tombe! », conclut le docteur Glas, en parlant de la neige.


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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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