Que vieillesse se passe!

0

Entre enfance et adultère (l’aire adulte!), le passage obligé de l’adolescence n’est pas de tout repos. L’initiative du Scriptarium 2018 en célèbre la pensée effervescente. Les réponses mordantes, touchantes et drôles à la lettre que Stéphane Crête adressait à la jeunesse sont la structure sur laquelle ce joyeux chaos se construit, à Fred-Barry.

Le Théâtre Le Clou, en collaboration avec le Théâtre Denise-Pelletier et le Théâtre jeunesse Les Gros Becs invitait les adolescents à prendre la plume, à écrire un texte qui pourrait être mis en scène par Stéphane Crête, commissaire de cette première version du Scriptarium. Mille cinq cent élèves ont répondu à l’appel voulant réintégrer les arts au cursus scolaire et donner une place aux voix des jeunes. De ces textes, vingt-quatre ont été retenus et portés à la scène.

Ces textes prennent plusieurs formes, de poésie à publicité, répondant généralement aux perches et pics d’une lettre rédigée par le commissaire. La sélection montre la volonté et l’engagement de cette génération, mais reflète aussi l’éternelle difficulté émotive de cette phase de la vie.

Dans le public, on se sent déjà vieux avec nos vingt-cinq, trente, quarante ans! Les adolescents, par la voix des trois acteurs, nous font bien sentir qu’on a scrappé leur héritage planétaire et que l’annonce grandiose selon laquelle ils sont « l’avenir » est un piège béant.

La révolte, la peur, l’ambition! Que de sujets vastes et vertigineux pour nos seize ans. De ma jeune vieillesse, j’oscille entre la nostalgie et l’épuisement : La clairvoyance de cet âge n’a de limites que ce qu’on leur a dicté du monde. Le fragile combat entre le désir de repousser ces barrières et le constat d’une génération gavée de Twitter, Instagram et Facebook nous ébranle par moments, nous touche aussi. Mais attention, à travers les sentiments qu’exacerbe l’adolescence, tout n’est pas drame. Il y a aussi de l’autodérision qui fascine, du rire sincère. On se reconnait, on se rappelle, on a espoir pour eux, à travers eux. Il y a du cynisme dans l’adolescence, évidemment, mais cette génération qui se lève est aussi plus conscientisée à l’environnement, plus ouverte à la fluidité des genres, plus apte à lever la voix quand le confort s’étampe sur nos vies.

Photo: Jean-Charles Labarre.

Agréable désordre de la scénographie, où le cumul des textes ne cessera d’augmenter le chaos. Le décor est parsemé d’îlots qui rappellent les chambres et sous-sols d’adolescents, de textes sous toutes les formes, sous trois fax immenses. (Ho l’objet déjà antique!) Les éclairages de Mathieu Marcil révèlent et animent ce fouillis foisonnant avec l’adresse qu’on lui connait.

La camaraderie des trois acteurs nous semble sincère et ils évoluent sur scène avec une liberté et un plaisir partagé. Un musicien sur scène (Nicolas Letarte-Bersianik) lie les textes, en DJ créatif. On apprécie la mise en musique de certains témoignages, que les voix de Sarah Cloutier-Labbé et Sarah Leblanc-Gosselin portent magnifiquement. Philippe Boutin n’est pas en reste, et comme ses deux collègues, nous fait rire et réfléchir.

Les comédiens incarnent tour à tour, non seulement les textes, mais aussi les auteurs et leurs personnages. Il y a une grande sobriété du jeu, lorsque les témoignages deviennent plus intimes, mais aussi d’heureux moments de cabotinage (une fée marraine qui n’est pas sans rappeler la monstresse de « Big Mouth ») et des transpositions aux images simples, mais efficaces. Les trois comédiens sont justes et nous font ressentir le respect avec lequel le travail a été fait. Ils révèlent les doutes et écoeurantites de cette étape de la vie avec la franchise qu’appellent les textes étudiants.

Somme toute, la sélection et la mise en forme des textes sont intéressantes, mais malgré un rythme qui tente d’être soutenu, il y a des répétitions. Le ton s’égalisant à travers la représentation, on est de moins en moins surpris. Cela entraîne des longueurs, où l’effort de l’écoute nous raccroche difficilement aux propos des interprètes.

En sortant de la salle, je me ressasse l’idée selon laquelle « Il faut que jeunesse se passe »… Je me dis qu’on a plutôt envie que Jeunesse se nourrisse. D’art, de mots, de connaissances. Il faut aussi que vieillesse de souvienne. L’initiative du Scriptarium favorise tout cela.

Je voudrais être enseignante pour participer à cette très belle discussion. La version de l’an prochain se prépare déjà, après tout…


En complément:

Déterrer les os, déterrer le mal-être

Partagez

À propos du journaliste

Carolane Desmarteaux

Carolane Desmarteaux mène une vie pluridisciplinaire, metteur en scène et créatrice corporelle, hypnologue de profession et étudiante en neuroscience cognitive. Loin de la déchirer, toutes ces passions se rejoignent autour des concepts de perception et de conscience. Ce sont les filtres par lesquels elle reçoit ou conçoit une œuvre. Depuis quelques années, elle travaille avec des artistes de tous horizons à l’intégration des outils de l’auto hypnose à la pratique artistique professionnelle. En art comme en relation d’aide, c’est le sujet du langage qui l’intrigue et l’anime le plus.

Répondre