The Post: de l’urgence sans risques

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Créé dans l’urgence, The Post est indubitablement un film nécessaire en raison du climat politique actuel. Le hic, c’est qu’il semble plus intéressé à rafler des prix au lieu de véritablement créer un mouvement et une réflexion sur l’importance de la liberté d’expression de la presse, le rendant du coup aussi ennuyant que prétentieux.

Une équipe d’enfer soutenue par une distribution de grand prestige vient élever un film important qui a tout, sur papier, pour créer l’événement. La réalité est pourtant autre, alors que le grand Steven Spielberg, habitué des longues fresques, donne l’impression que son The Post dure des heures et des heures, avant que les éléments qui comptent vraiment ne commencent enfin à se mettre en marche.

Pourtant, il a certainement retranché la demi-heure de trop qu’il avait l’habitude de tourner, que ce soit avec War Horse ou Bridge of Spies, par exemple. Ce n’est tout de même pas suffisant, tellement le suspense vient à manquer dans ce film qui semble avoir tous les ultimatums du monde, sans jamais vraiment parvenir à nous les faire ressentir.

Certes, Liz Hannah n’en est qu’à son premier scénario de long-métrage, rendant un peu impossible la critique de son talent, mais cela est plus simple avec Josh Singer. Ce dernier a beau avoir écrit le brillant Spotlight, en plus d’avoir notamment participé aux téléséries The West Wing et Fringe, il a aussi collaboré au beaucoup plus ordinaire The Fifth Estate. On reconnaît quand même son intérêt pour la politique et le journalisme et on se désole que son hymne n’est pas aussi criant et poignant qu’il devrait l’être.

C’est qu’on nous replonge dans un scandale qu’on a tenté de taire, alors que les médias voulaient exposer au grand jour la vérité sur les guerres dans lesquelles plusieurs présidents américains se sont entêtés. Dans ce combat épique entre la liberté et l’emprise gouvernementale, combat typique de David contre Goliath, se trame aussi une belle histoire féministe qui tire avantage d’une Meryl Streep à son plus vulnérable. Avec verve et retenue, elle incarne le rôle d’une femme à la tête d’un grand journal (le Washington Post) qui doit tout miser ce qu’elle a pour préserver l’avenir, rien de moins.

Acteurs sous-utilisés

Encore une fois, à l’écrit, tout est admirable à décrire, l’importance des thèmes étant capitale. Néanmoins, l’exécution ne cesse de multiplier les faux pas, en plus d’étirer le temps. On assemble par exemple une grande distribution qui contient plusieurs des acteurs télévisuels les plus prestigieux de l’heure pour leur donner des rôles sans relief. Se payer Carrie Coon, Bob Odenkirk, Matthew Rhys, Alison Brie, David Cross, Zach Woods, Sarah Paulson et on en passe, et ce, pour si peu, c’est tout simplement aberrant.

Bien sûr, Tom Hanks est comme toujours excellent et on l’entoure d’autres noms qui ont fière allure, allant de Tracy Letts à Bradley Whitford, en plus de Bruce Greenwood et de l’immense Michael Stuhlbarg, mais encore là, ce n’est pas suffisant. Même les retrouvailles de Spielberg avec son compositeur fétiche John Williams sont loin d’être aussi excitantes que ce qu’il avait obtenu avec Thomas Newman précédemment, ne faisant qu’ajouter à la monotonie d’ensemble.

Il paraît également prétentieux d’y clamer ad nauseam que s’y joue le sort du monde, alors que tout ce qu’on a sous la dent est une panoplie de beaux personnages qui n’ont jamais vraiment connus de véritables problèmes, comme ceux du peuple qu’ils tentent vraisemblablement de sauver.

De fait, on regrette que tout le monde s’implique autant dans un projet plus que nécessaire qui ne reflète pas la passion qu’il tend à exhiber. Pourtant le journalisme est l’un des métiers les plus palpitants qui soient, et tout ce qui compose la vocation est par défaut fascinant. Sauf que le film ne fait que montrer en surface les étapes, les enjeux et les problématiques pour transformer le sérieux des situations en une foire plus qu’en un jeu dangereux à cheval entre la vie et la mort (réelle ou professionnelle).

The Post est donc un beau film qui rate habilement son rendez-vous, tenant trop rapidement pour acquises toutes les occasions qu’il a sous la main, sans jamais s’en servir à bon escient. C’est fichtrement dommage, puisque tout comme ceux qu’il met en scène à l’écran, le film aurait bien pu passer à l’histoire.

6/10

The Post prenait l’affiche en salles le vendredi 12 janvier.

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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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