Anatomie d’un désastre – Quand la crise de 2008 se résorbe

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Comment deux individus peuvent-ils poser un ultimatum aux membres du Congrès américain: le versement d’une aide de 700 milliards, ou la fin de l’économie? Ce dilemme posé à l’aube de la crise financière est le résultat d’un conditionnement à la déréglementation en toute opacité, ou de la constitution d’une élite ascendante, que le journaliste Serge Truffaut explicite dans son ouvrage Anatomie d’un désastre – la crise financière de 2008, de Reagan à Trump parut aux éditions Somme Toute en 2017.

La couverture du livre

À l’instar du vedettariat, le nom des détenteurs de grosses fortunes circule sur les tribunes comme le nom des politiciens de sorte qu’on en retient quelques s’uns. Cependant, la multitude d’acteurs présentés dans cet ouvrage nous donne l’impression de visionner un film asiatique avec trop de personnages, difficiles à distinguer puisqu’ils se ressemblent tous. Malgré cette confusion, l’intérêt de lire ce livre persiste du fait que cette mascarade, cette algèbre souvent indécodable de la finance, puise ses fonds à même l’économie du commun des mortels. Ainsi, à chaque fois que l’économie « va mal », ce n’est pas seulement à cause du hasard.

De prime abord, l’auteur nous présente trois politiciens qui ont participé à l’essor du néolibéralisme. Par les politiques adoptées par les dirigeants Margaret Thatcher au Royaume-Uni, Ronald Reagan aux États-Unis et Brian Mulroney au Canada, une volonté de division de l’économie et de la finance a perduré dans la gouvernance de ces pays. La crise de 2008 est la conséquence de cette volonté du retrait de l’État ou, plus précisément, de la destruction des règles conçues pour éviter des crises comme celle de 1929. En devenant actionnaire des banques en leur versant 700 milliards, l’État devient l’obligé de l’élite financière. Ainsi, aucun des responsables de la crise n’a été traduit devant les tribunaux. On redoute que le fanatisme idéologique vienne se greffer à l’élasticité morale, que la présidence de l’homme d’affaire Donald Trump semble orchestrer.

Par contre, la déréglementation ne s’est pas fait de façon continue. L’auteur cite les membres de la Chambre des lords britannique qui ont observés et commentés la faillite de la banque Barings en 1995 qui comptait la Couronne britannique parmi sa clientèle. « Pourquoi ne pas instaurer une politique qui stipule tout simplement qu’il n’y aura aucune concession aux règles sur l’exposition au risque et à la réglementation d’un groupe? », a-t-on affirmé. Ces commentaires qui ont annoncés les cataclysmes financiers à venir, note l’auteur, ont été accompagnés de proposition dont les balises ont été empruntées au Glass-Steagall Act. Cette partie du New Deal du président américain Franklin Delano Roosevelt séparant la banque commerciale de la banque d’affaires. Si les gouvernements britanniques de John Major, de Tony Blair et de Gordon Brown avaient tenu compte de ces recommandations qui veillent au bien commun, la crise de 2008 aurait été évitée, avance l’auteur.

L’opacité qui alimente le cynisme des citoyens envers leurs dirigeants, cette impression d’avoir peu ou pas d’incidence sur un système qui ne tourne pas rond, du moins pas dans le sens d’un citoyen qui sait balancer son budget, est l’interrogation qui nous suit du début à la fin de la lecture de l’ouvrage. Cette élite financière dépeinte par l’auteur rappelle les sociétés secrètes du romancier à succès Dan Brown, ce qu’il appelle les « quants », ainsi que les « plombiers ». Si les premiers ressemblent à Dustin Hoffman dans le film Rain Man (1988), les seconds s’associent à l’enfant doué pour les jeux vidéo dans le film The Wizard (1989). À une génération près, l’un autiste perdu dans l’abstraction mathématique, l’autre muet fétichiste des nouvelles technologies, tous deux emploient leur existence à complexifier l’écart entre l’économie et la finance.

En sauvant les banques de dépôt et les banques d’affaires, les fiducies et les compagnies d’assurances, c’est-à-dire tout le secteur financier ou presque à l’automne 2008, l’État américain et d’autres gouvernements ont « socialisé les pertes mais privatisé les profits », rapporte l’auteur.

À lire!

TRUFFAUT, Serge, Anatomie d’un désastre – La crise financière de 2008, de Reagan à Trump, Québec, éditions Somme Toute, 2017, 282 p.

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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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