Club de lecture – Deathstalker, la saga pulp intergalactique

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Hugo Prévost

Dans un coin parfois étrange de la planète SF, on retrouve une série d’auteurs et d’oeuvres probablement aimées par des centaines de milliers, voire des millions de personnes, mais qui, pour toutes sortes de raisons, n’ont jamais atteint la gloire d’un Asimov, d’une Leckie, ou même d’un S.A. Corey. 

La saga Deathstalker fait partie de ces oeuvres. Écrite par Simon R. Green, cette série de huit romans (et des poussières, avec des « préquelles » et toutes ces sortes de choses…) est paradoxalement à la fois un tour de force littéraire et un ramassis de clichés qui, en raison d’étranges circonstances, fait en sorte que le résultat est non seulement potable, mais même franchement tout ce qu’il y a de plus divertissant.

Dans un empire humain géré d’une poigne de fer par l’immonde et sanguinaire Lionstone, cachée dans sa forteresse lugubre située dans les profondeurs de la planète Golgotha, le jeune Owen Deathstalker, plus récent descendant d’une famille tristement célèbre, devra rapidement abandonner sa paisible existence d’historien sur une planète agricole et prendre les commandes d’une rébellion désespérée.

Pour l’aider dans son entreprise, Owen devra faire équipe avec Hazel d’Ark, une pirate et contrebandière au grand coeur, en plus de recruter Ruby Journey, une mercenaire mercantile, et Jack Random, ancien rebelle déchu. Ensemble, ils lutteront contre les sombres sbires de l’empire, affronteront des forces mystérieuses et mystiques, des créatures extraterrestres cauchemardesques, ainsi que leurs propres démons.

Si la structure scénaristique de la série de livres est connue, et même archiconnue – un jeune héros idéaliste devra faire équipe avec des personnages plus grands que nature contre un ennemi aux apparences invincibles -, Green fait mentir le principe voulant qu’à trop vouloir mélanger d’idées, on finisse par produire une bouillie illisible. Dans l’univers de l’auteur, le héros dispose d’une façon de « décupler » sa puissance en consumant son énergie vitale pour augmenter sa résistance et sa vitesse dans les combats. Et ce pouvoir sera largement sollicité pour survivre dans un monde où coexistent bien peu pacifiquement clones, télépathes, mystérieux extraterrestres, hommes-machines visant la perfection par les améliorations technologiques, intelligences artificielles malveillantes complotant pour assurer la destruction de l’humanité et puissantes familles jouant à la fois le rôle des bourgeois et des nobles en se livrant à des guerres d’influence. Cela fait beaucoup? Ce n’est pourtant que la toile de fond pour le tout premier livre…

Alors que chacun de ces thèmes serait suffisamment riche et complexe pour assurer qu’un livre, voire une série entière soit consacré à chacun d’entre eux, Green a plutôt choisi de présenter un fantastique maelström qui permettra au lecteur de largement passer par-dessus les erreurs de style et les répétitions pour plutôt éprouver un plaisir véritable en se laissant entraîner dans les folles aventures de nos quatre compagnons et de leurs alliés.

Oui, on éprouvera une certaine lassitude, ou encore une lassitude certaine, à se faire redire, pour la huitième fois, par exemple, qu’Owen n’a jamais voulu devenir le héros de la rébellion, ou que tel personnage a posé un geste spécifique plusieurs centaines de pages auparavant. Oui, les raccourcis scénaristiques empruntés par l’auteur pour assurer la poursuite du récit et la survie de ses personnages sont parfois franchement grossiers. Mais il faut voir la saga Deathstalker pour ce qu’elle est: pas tout à fait une série de romans de gare (ils sont trop volumineux, trop approfondis pour remplir ce rôle), mais de la bonne vieille SF pulp, des livres que l’on lit sans trop se poser de questions. On aurait d’ailleurs tort de lever le nez sur ce qui pourrait passer pour de la SF de bas étage. Car malgré les titres à l’emporte-pièce (Rebellion, War, Destiny, Honor, Legacy, etc.) et le développement personnel légèrement bâclé, le monde de Simon R. Green est si touffu qu’il semble excessivement vivant. Extrêmement dangereux, certes, mais également fascinant et attirant. Voilà sans doute pourquoi on peine à reposer ces livres, et pourquoi les 6,50$ exigés par opus (un cent pour le livre en version poche usagée, 6,49$ pour l’expédition via Amazon) est tout à fait raisonnable.

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À propos du journaliste

Hugo Prévost

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l'enfance. S'il s'intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n'hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l'économie ou encore les loisirs et le tourisme.

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