Théâtre – Le dimanche des mots

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Emmanuelle Ceretti-Lafrance

Le silence. C’est ainsi que la pièce débute. Un dimanche silence, c’est ainsi qu’ils l’appellent. Ce dimanche-là n’est que le début d’une succession de jours où beaucoup de mots s’enchainent les uns après les autres. Mais pour dire quoi?

Dimanche Napalm, c’est l’histoire d’une famille. Trois générations qui ne pensent plus de la même manière. Puis, un jour, le fils saute du deuxième étage de la maison familiale. Résultat ; jambes dans le plâtre et convalescence obligatoire dans la banlieue. Pendant ce temps, ils côtoient sa sœur de 16 ans, sa mère hygiéniste dentaire, son père qui vient de se découvrir un penchant pour la piscine et le spectre d’une grand-mère que tout le monde a délaissée. Il prend alors la décision de se taire et de ne plus dire mot.

L’auteur Sébastien David qualifie sa pièce de fine ligne en le drame et le comique. Je suis toujours à la recherche de la drôlerie de cette pièce. Certes, les personnages ont des travers que l’on pourrait qualifier d’amusants, mais les propos qu’ils tiennent sont plutôt troublants. Les thèmes et les paroles véhiculés par toute la famille éveillent un sentiment de révolte et l’on se met à comprendre pourquoi le personnage principal a décidé d’arrêter de parler.

Peut-être ai-je manqué quelque chose, car le public semblait enclin à la rigolade. Pourtant, je ne trouve rien de drôle dans les troubles d’une adolescente perturbée, dans la tromperie d’un père, dans le désir d’harmonie facile d’une mère, dans la solitude sénile d’une grand-mère ou dans le moulage conformiste d’une ancienne petite-amie. Tous ces personnages confrontent leurs désillusions, leurs rêves inachevés et leurs désirs enfouis. Les protagonistes bâtissent leurs assertions par eux-mêmes, avec le silence du fils comme seul témoin.

Cette pièce est censée représenter l’après printemps érable et les questionnements que cela a amenés dans une société divisée, mais le propos tombe plutôt à plat. Le texte qui tente d’allumer un brasier fait plutôt une flammèche et s’étouffe dans tous ces mots. Le public s’empêtre dans tous les sujets que l’auteur semble vouloir aborder. Cela devient étourdissant d‘assister à autant d’argumentaires que de journées de convalescence. En effet, le sujet de chaque tableau est annoncé sur l’écran projecteur qui se trouve dans le fond de la salle. Que se soit le jeudi public/privé, le mardi 42 708,13$, le jeudi confession, le samedi changement, le lundi à qui la rue, le vendredi kamikaze ou le fameux dimanche poutine. Peut-être est-ce la preuve qu’à force de vouloir tout dire, on ne dit plus rien.

Pourtant, l’interprétation des acteurs veut la peine d’aller jeter un coup d’œil au Théâtre d‘Aujourd‘hui. Si ce n’est que pour aller verser une petite larme devant la performance émouvante de Louison Danis ou être saisi par la proposition sincère de Sylvie Léonard.

Dimanche Naplam est présenté du 8 au 26 novembre dans la salle principale du Théâtre d’Aujourd’hui.

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À propos du journaliste

Emmanuelle Ceretti-Lafrance

Les mots favoris d'Emmanuelle Ceretti-Lafrance sont cucurbitacée, grivois, calembour et baliverne. Elle sait qu'elle a le plus long nom de la Terre. Elle est née à Montréal et dorlote sa belle métropole avec tendresse. Elle aime insérer de manière totalement décontractée des citations du Seigneur des anneaux et d'Harry Potter dans les conversations quotidiennes. Journaliste pour Pieuvre, elle affectionne particulièrement le théâtre, la littérature et la musique

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