Les armoires normandes: autopsie de l’amour

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Nathalie Lessard

Après son passage remarqué à l’Usine C l’automne passé, le collectif hystérique Chiens de Navarre en remet cette année avec un autre projet dingue: Les armoires normandes. Dans cette nouvelle livraison disjonctée, mise en scène par Jean-Christophe Meurisse, la meute fait cette fois l’autopsie de l’amour sous le signe du cynisme et de la folie.

Avant même d’amorcer le spectacle, un Christ sanglant et beau parleur accueille les spectateurs à coups de moqueries ou d’insultes, selon son humeur. Et ce crucifié plein de swag – malgré sa posture encombrante sur une relique géante de la petite croix accrochée au-dessus de nos lits conjugaux – ne se gêne surtout pas pour donner son opinion sur tout un chacun qui rejoint son siège : accent québécois, hipsters à barbe (futurs disciples), chemises à carreaux ou intellos qui se tiennent le menton. On se régale aussi de sa description des esthétiques de sa crucifixion, réalisées au fil des époques par Rubens, Michel-Ange, El Greco ou autres peintres célèbres. Un moment fort.

La meute refuse de lâcher l’os et nous présente, sur une immense scène recouverte de sable, le rituel matinal d’un homme nu: pets, pipi, caca, douche, petit-déjeuner et… suicide répété. C’est la faute à Donald Trump, Xavier Dolan, Michel Louvain. N’importe quoi!

Puis les 11 comédiens talentueux attaquent de front les relations amoureuses au fil de saynètes iconoclastes. Premières rencontres, désir, sexe, mariage, enfants, querelles, jugements, déchirements, thérapies, divorce: l’enfer, les travers et la fragilité des couples (beaux oiseaux en cage) sont disséqués, voire déchiquetés sans pitié par les Chiens. Imaginez une noce grotesque où la mariée accouche d’un bébé qui sert de ballon de rugby (!). Les émotions sont graves, l’humour est trash et le public en redemande.

Malgré quelques scènes plus faibles, la proposition dans son ensemble est cocasse, inventive, truffée de provocations burlesques et de blagues scatologiques – bruits de pets inclus – et sait faire rire et consterner. La magie décapante de la troupe opère encore et le plaisir manifeste qu’ils ont à jouer est palpable. Dommage que leur passage ici soit si bref. Trois soirs, c’est trop peu. Lâchez les chiens fous!

À voir pour son côté complètement désinvolte et original, du 21 au 23 septembre à l’Usine C.

Le spectacle sera également présenté au Centre national des arts, à Ottawa, du 5 au 8 octobre.

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