L’Usine C, sens dessus dessous

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René-Maxime Parent

Le lancement de la saison 2016-17 à l’Usine C le 18 août s’est déroulé sous le signe vivifiant de l’indiscipline.

Après un vif aperçu de la programmation en images, un montage stroboscopique avec musique électronique sous forme de vidéo, la directrice artistique Danièle de Fontenay a présenté la saison pièce par pièce. Chiens de Navarre revient pour « explorer nos travers », ensuite la danseuse contemporaine Meg Stuart vient présenter un solo, suivi en octobre de la deuxième édition du festival multidisciplinaire Actoral.

Avec À la douleur que j’ai, la chorégraphe Virginie Brunelle amène ses six interprètes à explorer la douleur « qui finit par devenir aussi tangible qu’un souvenir ». La metteuse en scène, Angela Konrad revient avec son adaptation de la quête politico-existentielle du classique Macbeth, à guichet fermé l’an denier. Jerk revient sans son créateur, la technicienne Gisèle Vienne prend le relai pour reconstituer l’œuvre du marionnettiste.

À la fin janvier, Clara Furey et Peter Jasko, un duo en provenance de Croatie s’investit dans un univers d’hallucinations dans Untied Tales. À partir d’une danse folklorique de Bavière et du Tyrol qui consiste à « battre de la semelle », Allessandro Sciarroni et six interprètes procèdent à une étude chorégraphique du rythme dans Folk-S. Dana Michel explore l’archéologie de son héritage culturel en enfilant les différentes peaux, tenues et idées afin de vivre des expériences devant public, dans Mercurial George.

Avec Mille Batailles, la figure de proue de la danse contemporaine Louise Lecavalier puise sa source dans le « personnage sans corps qui ne prend sa forme qu’à travers son armure » de l’écrivain Italo Calvino. De Buddy Holly aux Smiths, l’artiste performeuse Silvia Calderoni « met son apparence androgyne au service d’un discrédit de la théorie des genres » dans MDSLX.

En avril, « la relation entre les citoyens québécois et la société d’État la plus étroitement liée à l’identité québécoise : Hydro-Québec » est remise en question dans la pièce de théâtre documentaire J’aime Hydro. Ensuite, s’étant retrouvés dans un camp de réfugiés en Croatie, le duo Ame Henderson et Matija Ferlin se sont demandé : « qu’est-ce qu’on fait ? », dont Out of Season. Puis, la metteuse en scène Brigitte Poupart attribue les rôles masculins des requins de l’immobilier de la pièce Glengarry Glen Ross à des femmes.

Nice Try

À la suite de la courte présentation, Alexa-Jeanne Dubé et Marie-Philip Lamarche ont aménagé l’espace pour donner lieu à un exercice moins formel. À mi-chemin entre l’improvisation et un défi Kino, le concept du spectacle festif de création spontané Nice Try conduit huit metteurs en scène à monter un court spectacle « à la manière de » huit artistes de la saison 2016-17. Autre contrainte, ils ne disposent que de 48 heures pour créer une performance de 10 minutes avec une banque de 20 interprètes.

Accompagnée de musique hip-hop, une créature en forme de chenille rampe sur scène arborant un diadème brillant. Sous une bâche verte, son corps est immense. À la manière de la Reine d’Angleterre ou d’une Duchesse du Carnaval de Québec, elle salue l’assistance avant de pondre. Si elle se déplace lentement, c’est parce qu’elle est enceinte ! Puis, elle les pond un à un générant un effet de surprise à leurs premiers pas.

Plus la soirée avançait, plus le fait d’avoir carte blanche sur la scène de l’Usine C devant une salle comble convertie ou presque amenait les artistes à s’approprier cette liberté créative en outrepassant le cadre imposé. Aussi, les longues pauses entre les blocs alourdissaient les prestations jusqu’à tard dans la nuit.

Peter James a incarné Louise Lecavalier mettant en scène une performance angoissante au son d’une interprète qui sanglote au microphone. Au moment où tous les interprètes étaient éparpillés sur scène, il a donné le signal d’arrêter de bouger, puis, d’y aller. Tous se sont mis à entrer en convulsions.

La scène était hypnotique, je me suis rappelé que j’assistais au spectacle de Mononc’ Serge dans la ruelle Gaboury un peu plus tôt. Je me suis également rappelé qu’avant le Nice Try, j’étais assis à côté d’un danseur pour qui c’était inconcevable de diviser la politique de la culture comme on le fait dans la presse. Puis, au moment où l’interprète qui sanglotait s’est mis à rire au micro, je me suis mis à imaginer l’impact que ce genre de performance pourrait avoir dans un centre d’achats.

J’ai quitté le lieu industriel en fredonnant la chanson West Edmonton Mall.

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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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