Vinyl, The Complete First Season: les légendes du rock

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Patrick Robert

Si la musique se contente habituellement d’accompagner l’action dans les productions du petit et du grand écran, elle se trouve au cœur même de l’intrigue dans Vinyl, la série créée par Martin Scorcese et Mick Jagger.

New York, 1973. Après des années de succès, les temps sont difficiles pour American Century Records et son président, Richie Finestra, qui s’apprête à vendre sa maison de disques à PolyGram dans une transaction évaluée à plusieurs millions de dollars, mais durant un concert auquel il assiste, alors que la bâtisse s’effondre littéralement sur la tête des spectateurs, Richie a une révélation. Plutôt que de vendre, il décide de relancer son étiquette, et de se consacrer à retrouver l’énergie brute du rock pour produire des groupes qui sonnent comme une tonne de brique. Malheureusement, sa décision, doublée d’une consommation effrénée de cocaïne, aliènera peu à peu ses partenaires d’affaires et son épouse, qui redoutent de plus en plus la faillite.

Mélangeant vraies anecdotes et fiction, les créateurs de Boardwalk Empire, Martin Scorcese et Terence Winter, s’associent à Mick Jagger pour dresser un portrait passionnant de la scène musicale new-yorkaise des années 1970 avec Vinyl. À travers sa maison de disques fictive, l’émission explore toutes les facettes de l’industrie musicale de l’époque, des pots-de-vin donnés aux DJ et aux stations de radio pour qu’il jouent une chanson, en passant par le comportement outrancier des vedettes, la recherche et l’exploitation de nouveaux talents, les scandales fabriqués de toutes pièces, ou les relations douteuses avec le monde interlope, le tout dans une ambiance survoltée où le party et les affaires se confondent allègrement.

Vinyl illustre à merveille tous les excès de cette période du rock. Libertinage, drogue, et même un soupçon de meurtre, donnent à l’émission un ton aussi adulte que le sujet qu’elle aborde. La production puise dans l’esthétique des années 1970, avec ses téléphones à roulette et sa palette dominée par le brun, le vert et l’orange, mais on apprécie surtout l’art avec lequel la série recrée des moments mythiques, comme le spectacle des Velvet Underground à la Factory d’Andy Warhol, ou les répétitions du dernier concert de Ziggy Stardust. Les connaisseurs seront comblés par les innombrables clins d’œil et références musicales, sans oublier une trame sonore réunissant Led Zeppelin, les Beatles, les Doors, Doctor John, CCR, Nina Simone, les New York Dolls, Pink Floyd, Iggy Pop, Black Sabbath, et j’en passe.

Découvert dans la troisième saison de Boardwalk Empire, Bobby Cannavale fait preuve d’une intensité remarquable à l’écran, et torturé par une foule de démons intérieurs, le personnage principal de Richie Finestra semble avoir été écrit sur mesure pour lui. Jouant sur un ton beaucoup plus pince-sans-rire que dans la série Everybody Loves Raymond, Ray Romano prouve ici qu’il est capable de subtilité. James Jagger, le fils de l’autre, possède l’attitude parfaite pour interpréter le chanteur héroïnomane d’un groupe rock sans compromis. La distribution compte aussi Olivia Wilde, Lena Olin, et un Andrew Dice Clay méconnaissable. Chapeau à l’équipe du casting, qui a su trouver des sosies convaincants pour personnifier les Alice Cooper, David Bowie, Lou Reed, Andy Warhol, Janis Joplin, Robert Plant, Elvis Presley, et autres légendes qui peuplent la série.

Le coffret Vinyl: The Complete First Season contient les dix épisodes d’une heure chacun (à l’exception du pilote, réalisé par Scorcese lui-même, qui fait près de deux heures) sur quatre disques au format Blu-ray. On retrouve également un code pour télécharger une version numérique, une pratique en voie de devenir la norme. Chaque épisode s’agrémente d’une courte revuette qui en présente les thèmes. Trois des épisodes possèdent une piste de commentaires livrés par Martin Scorcese, Terence Winter, Mick Jagger et les comédiens principaux. Finalement, une revuette d’une vingtaine de minutes explore les défis rencontrés par la production pour reconstituer le New York d’il y a quarante ans.

Célébrant la passion musicale sous toutes ses formes, Vinyl se présente comme un véritable musée vivant du rock. Dommage que cette série électrisante, qui a tout pour plaire aux mélomanes comme aux amateurs de bonne télévision, n’ait pas été renouvelée pour une deuxième saison.

8/10

Vinyl: The Complete First Season

Réalisation : Martin Scorcese, Allen Coulter, Mark Romanek, S.J. Clarkson, Peter Sollett, Nicole Kassell, John S. Baird et Carl Franklin

Scénario : Terence Winter, Mick Jagger, Martin Scorcese, Rich Cohen, George Mastras, Jonathan Tropper, Deborah Cahn, Adam Rapp, Carl Caporto, Erin Cressida Wilson, David Matthews, Ricardo DiLoreto, Michael Mitnick

Avec : Bobby Cannavale, Roy Romano, Olivia Wilde, James Jagger et Andrew Diceclay
Durée : 660 minutes
Format : Blu-ray (4 disques)
Langue : Anglais, français, espagnol, allemand, portugais

 

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À propos du journaliste

Patrick Robert

Cinéma, musique, jeux vidéo ou bandes-dessinées, Patrick partage sa passion pour la culture populaire depuis plusieurs années à travers les critiques, les entrevues, ou les textes d’actualité qu’il signe pour de nombreux médias, parmi lesquels le blogue de Ztélé, La Vitrine, Le Coin du DVD, et évidemment, Pieuvre.ca.

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